Le tour des glaciers de la vanoise d'après Cyril - Préparation UTMB

Publié le par Cyril

Trail de la Vanoise. 

Cela fait trois jours que nous sommes rentrés et je me décide enfin à faire le compte rendu de ce qui fût pour moi la course la plus dure qui m’a été donné de faire jusqu’à maintenant. 

Moi qui croyais connaître l’ultra, j’allais être  servie avec ce TGV. 

Après un voyage en TGV (le train celui-là) avec mon compère et ami Valentin où une petite radio de derrière les fagots dégoté par ce dernier nous permis d’entendre le fameux France-Brésil, nous arrivâmes en gare de Moutier où la femme de Lolo nous attendait. Nos chers collègues d’infortune étant restés à l’appartement afin de voir ce qui sera certainement le plus beau match du Mondial. 

En effet, la kermesse de mes bambins (la famille passe avant la course bien sur) et le travail de Valentin ne nous avaient pas permis de partir avec nos compères. 

Arrivés à l’appartement je mettais le feu pour les 10 dernières minutes du match et pouvais sauter dans les bras de Pierrick afin de fêter dignement cette victoire. 

Ensuite, direction le lit pour une courte nuit, sans une mise en garde de nos acolytes présents au Briefing au sujet de la course de demain : pour la première fois depuis que je cours avec Pierrick, je le vois douter et cela n’est pas fait pour me rassurer. Bon, on verra demain. 

3H30, après une très courte nuit, des klaxons fêtant la victoire des bleus nous empêchant de dormir, réveil en fanfare orchestré par notre Titi national déjà en pleine forme (il est vrai que un lever à 3H30 équivaut à une grasse matinée pour lui). 
Une part de gâteau sport, on s’habille et départ pour le petit déjeuner prévu par l’organisation. 

4H55, nous sommes sous le départ, le stress se lit sur nos visages. 

5H00, départ. Tout doux les gars, on en a pour quelques heures. 

Dès la sortie de Pralognan, l’ascension démarre. Et quelle ascension : 1100m de montée en 7 kilomètres. Pour une mise en jambes, c’est une mise en jambes. 

Rodolphe, Sylvain (un pote de Rodolphe de l’équipe Montrail, un cador quoi), Lolo, Titi puis Valentin et Pierrick partis prudemment de coup-ci me lâchent un à un. 

Et oui comme à mon habitude mes départs sont lents, très lents. 

Le col de la Vanoise est dur mais recèle de beautés à couper le souffle.  

 

 

 Après 1H43 j’arrive au premier ravito en haut du col. Un petit bébé est dans les bras de son père : « il fait des globules rouges » me dit-il « dans 20 ans il est devant tout le monde »lui répondis-je. 
Aller il faut repartir. 
Très rapidement, je m’aperçois que la première barrière horaire va être dure et pourtant je n’ai pas l’impression de chômer. 
Il faut que j’accélère et je n’aime pas ça : c’est trop tôt, je vais, le payer plus tard. 
J’arrive à 9H07, ce n’est pas vrai, je suis hors-delais 
Heureusement, ils n’arrêtent  personnes là mais nous disent qu’au prochain, 12H30 on ne passera pas. 
C’est ce qu’on va voir. 
Coup de fil : c’est Lolo, il est blessé. Aie, j’ai mal pour lui. Il me dit  qu’il ne peut plus courir. 
Il a l’air inquiet mais m’affirme qu’il ira au bout : quel personnage ce Lolo. 
Je repars à 9H30 et il me reste 3H pour arriver à la prochaine barrière horaire. Je cours dans les descentes, marche vite dans les côtes J’en profite tout de même pour regarder les somptueux paysages. 

 

Un coup de mou dans une côte, me double un type . Est-ce que ça va ? Non, j’ai un coup de moins bien.
Là il me répond, « aller accroche-toi à moi je ralentis un peu » Et l’incroyable se produit, je reprends du poil de la bête. Je m’accroche à Karim (en effet, plus tard nous discuterons plus longuement) et cette aide est salvatrice pour moi. C’est exactement cela que j’aime dans l’esprit Trail : 2 minutes avant nous nous connaissions pas et là nous étions les meilleurs amis du monde à s’encourager l’un l’autre, tantôt lui dans les montées, tantôt moi dans les descentes où je me surprends à dévaler les pentes. 
Enfin la deuxième barrière horaire et le refuge du Plan sec où j’arrive avec 15 minutes d’avance sur cette fameuse barrière. Ouf, je commence à me sentir mieux.  

 

Au ravito de Plan sec le sourire revient
Malheureusement, les efforts consentis pour ne pas être hors délais se paieront au centuples ensuite.
En effet, à 12h40 je repars du plan sec et là gros coup de fatigue dans un « petit coup de cul de 250mde D+ » ; Je suis à l’agonie, ma décision est prise, je rejoins le refuge de l’Orgère au kilomètre 50 et j’arrête. Comment pourrais-je gravir le col de Chavière dans l’état où je suis ? 
Ce matin, Rodolphe nous  avait dit « ce sera votre vrai première incartade dans le monde de l’ultra ». Au fond de moi, je me suis dis « il est fou, moi qui ai fait le Raid 28 et 18h de course ou le Trail de l’Ecir, je connais l’ultra ». Et bien comme à chaque fois, c’est lui qui avait raison, cette fameuse côte autour des deux barrages me faisait rentrer de plein fouet dans ce monde très fermé.  

 

 

 Et quelle claque je prends, je monte en zizagant, c’est trop dur. Je dois envoyer mes pensées ailleurs, oublier la douleur. Comme à chaque fois en pareil cas, mes pensées vont vers ma femme et mes 3 bambins. Ah comment vous me manquer dans ces moments là. Il faut que je continue pour vous. Ils sont si fier de leur Papa qui il y a 5ans était limite obèse et qui préférait le Mac-Do aux Running.
Karim, accompagné de 3 amis me rejoint :  « on l’emmène avec nous ce jeune homme »dit-il à ces amis. Merci Karim, tu ne peux pas savoir comment cette petite phrase me fera du bien. 
Je m’accroche à nouveau et enfin la longue descente en sous-bois vers  le refuge de l’Orgière arrive. 
15H15, accompagné de Karim, j’arrive au refuge avec 45 minutes d’avance sur la barrière horaire. 
Je suis requinqué, l’abandon ne fait plus partie de mes pensées, je terminerai cette course.
Surprise, qui est là : Lolo en train de se faire soigner de son claquage. Sa vue me réconforte.  Nous décidons de finir ensemble.  

 

Elle est pas belle notre Lolo national.

15H30, nous attaquons le juge de paix de ce TGV, le col de Chavière : 1000m de D+ en 8 petits kilomètres ; C’est un calvaire, Maman qu’est-ce que je fais là ?

Je sens bien que de là-haut tu m’encourages.

Et ce Lolo, un vrai Chamois, malgré son claquage, il vole sur les pentes, s’arrête tous les 100m pour m’attendre : « aller Cyril, courage ». « Tu vas voir ce qui va faire le Cyril, le planter de bâton c’est dans le dos que tu vas l’avoir ». Non sérieusement, même si ses incessants encouragements sont saoulant, sans eux je crois que je ne serais pas arrivé en haut : Merci mon Lolo de tant d’abnégation. Plus je te côtoie et plus je m’aperçois que tu es un mec super, comme tous les givrés d’ailleurs. 

 

La vue en haut du col est magnifique   

 Nous attaquons enfin la descente, dans la neige pour commencer 

 

 

 Le voilà le planté de Bâton.

 

Cette descente est interminable, je pensais que nous allions mettre 2 heures et il nous faudra presque 3h pour atteindre l’objectif final.
Babeth, la femme de Lolo est à 3 kilomètres de l’arrivée pour prendre des photos : nous posons tous les deux. Elle nous apprend que Pierrick viens de passer et que Rodolphe s’est lui aussi fait mal.
Décidément, cet Ultra Trail sera vraiment un réel apprentissage pour nous tous. 
Au bout de 15H19 , nous passons ligne avec Lolo, fatigué mais heureux.
Nous rejoignons nos compères d’infortune à la voiture, les traits sont tirés ; cela a été dur pour tout le monde.
Cette expérience m’aura fait comprendre ce que réellement l’Ultra, que l’UTMB ne sera pas une mince affaire.
Irais-je au bout ? Je ne sais pas. Mais ce n’est pas grave car en ce moment mes pensées vont à Karim.
Je ne sais pas si sans lui, j’aurai pu aller au bout. En effet, le trail ce sont tout d’abord des rencontres, des échanges et aller au bout de soi-même et même plus  loin.
Aujourd’hui 3 jours après cette course j’ai couru 45minutes et c’est cela l’essentiel : se dépasser sans aller trop loin. Il faudra savoir abandonner si le corps ne veut plus à l’UTMB.
Une pensée toute particulière à Titi qui n’a pas pu finir pour cause de barrière horaire. Je t’admire énormément mon Titi et Bravo à Valentin qui avec un temps canon a montré qu’il tenait plus de la gazelle que du Taureau (c’est pas grave pour l’Espagne ! !).

  

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Publié dans CR de courses

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