Le Marathon de l'Amitié

Publié le par Alexandre Delore

Voici le merveilleux récit d'un compagnon d'entrainements et de courses des givrés

LE MARATHON DE L'AMITIE
à la source 15 ans de course à pied : je n'imaginais pas en 1991 que ce sport allait occuper aussi
passionnément mon existence. Certes, j'avais quelques bonnes dispositions (pratiqué le
football pendant mes jeunes années), un père journaliste sportif et multiple vainqueur de la
mythique Saintélyon, je baignais déjà dans le sport. Premières années à courir des cross,
1500m, courses sur route surtout, mon terrain de prédilection. Ces courses populaires où l'on
retrouve, fait rare dans le sport, sur une même ligne de départ, tous les niveaux de coureur et
une ambiance où la convivialité prime sur la performance exclusive. Le ski de fond occupe
aussi mes hivers. J'affectionne la nature, la plénitude d'un retour sur soi, une solitude
bienfaitrice pour l'âme, pour se ressourcer. Pour mieux retrouver les autres.
Après une parenthèse liée aux études et concours, je reprends la compétition en 2002, avec
pour objectif de courir un marathon en 3 heures. Je me rappelle avec émotion ces images
vidéo de la chevauchée de l'Ethiopien Bikila, pieds nus, sur la Via Appia Antica, lors du
marathon olympique de Rome en 1960. Une nouvelle époque venait d'éclore. C'est aussi pour
moi le début d'une belle aventure et la concrétisation de beaux objectifs: quelques chronos
honorables, mais surtout des émotions, des rencontres comme seul le sport d'endurance
procure. Premier marathon en mars 200 3 à Lyon en 3h04 puis ceux du Mont saint michel
(abandon sous la canicule), les Yvelines (3h05) et Paris (2h59) en avril dernier. Ce dernier
marathon est certainement ma course la plus aboutie avec la compagnie d'Eric Lefebvre, ami
de l'AS Mantaise, sur 28 km du parcours. Et la cadre, l'ambiance...
la préparation
Débutée fin juillet lors d'un stage de remise en forme avec l'association VOLODALEN à
Vittel, la préparation du marathon Seine-Eure est différente de celui de Paris : je la veux un
peu moins codifiée, vacances obliges, L'occasion de faire connaissance avec d'autres coureurs
aux profils variés, découvrir une nouvelle approche de l'entraînement, grâce à l'expertise de
Stéphane Chary et Cyrille Gindre, nos deux sympathiques entraîneurs de Volodalen.
Le mois d'août est consacré à l'entretien de la vma et du seuil. En vacances dans les hautes
alpes avec Laurence, ma fiancée, j'en profite pour marcher dans les montagnes de
l'Embrunais et contempler avec fascination les triathlètes de l'Embrun Man.
J'accumule un certain volume d'entraînement mais également de la fatigue alors je lève le
pied fin août-début septembre.
10 septembre 2006. Le semi de Bois d'Arcy se passe comme prévu, c'est à dire à l'allure
marathon(1h27), et il ne m'en faut pas plus, il fait chaud. La chaleur, l'ennemie du coureur de
fond.
Le dernier mois de préparation : adapté à ma forme du moment et des obligations
professionnelles et familiales, en free lance, comme on dit en terme journalistique. Quatre
entraînements par semaine. Du seuil un peu, des sorties d'endurance surtout. J'aborde
confiant ce nouveau rendez vous avec le 42,195km. C'est comme entrer en religion, j'aime ces
rites. C'est comme une grand messe, on y va avec allégresse parce qu'on y croit.
la course
Le départ ne paie pas de mine. Amfreville sur Iton, bourgade endormie dans une vallée de
l'Eure, à 25 km au sud de Val de Reuil, lieu où sera jugée l'arrivée. Un parcours à la
campagne, j'aime bien alterner avec des parcours urbains comme Lyon ou Paris.
Je prends le départ avec mon métronome, Eric Lefebvre. Se retrouver entre amis (avec
également Laurent Zmuda, autre marathonien de Mantes), cela apporte une touche de
convivialité, l'impression de partager quelque chose d'intense. Ce n'est pas en effet tous les
jours que l'on peut se permettre de partir à l'aventure, car le marathon, c'est une course de
vitesse mais aussi d'endurance, courir vite mais longtemps. Au 30 ème km, c'est le début de
l'aventure, les masques tombent, on entre dans l'inconnu, rien est écrit d'avance...
Il fait beau, frais, des conditions idéales pour cette mi-octobre. La course ne fait que débuter,
et je sens que cela part un peu vite pour moi. Eric suit Nicolas, de Mantes la Ville et Pierre,
de Bazainville, deux bons coureurs de niveau équivalent. Ils partent sur des bases élevées. Je
suis confiant mais prudent. Je commence à connaître la problématique du marathon: ne pas
user de l'énergie inutilement dans la première partie du marathon. Car cette distance est belle
mais peut s'avérer tragique si l'on ne sait pas l'apprivoiser. Tragique dans le sens d'un
investissement en temps à l'entraînement à la hauteur de nos espérances, c'est à dire pas
toujours récompensées.
Eric et moi restont ensemble, c'est mon point de repère. Le parcours s'avère moins plat
qu'annoncé, semé de quelques raidillons et surtout de longue lignes droites exposées au vent
de face. Ma stratégie est de m'en protéger, en restant calé à l'abri dans un petit groupe,
comme en vélo. Ce groupe va être mon allié pendant 30 km.
Au 10éme km, Eric : « on est à la bourre ». 30 secondes de retard sur notre tableau de
marche. Je suis serein. J'ai un début d'ampoule aux pieds. Sans conséquence, j'y suis
insensible au bout de quelques kilomètres.
Nous sortons de Louviers, joli centre ville pour nous retrouver dans la cambrousse.
Passé au semi en 1h28'30 '', nous sommes dans les temps pour courir en 3 heures. Pierre n'est
plus présent dans le groupe, certainement fatigué par un marathon 2 semaines auparavant.
Couru dans un temps honorable de 3h06'. Mais pourquoi insister ?
Km 24. Notre groupe s'est réduit à cinq unités dont Eric et moi. Eric avait l'habitude de
mener. A ce moment, il se met à ma hauteur : « je n'ai pas de bonnes jambes aujourd'hui » Je
lui réponds que ça va aller. 3 km plus loin, cela se confirme . Il perd du terrain, j'hésite à
l'attendre, me dit de ne pas attendre. Km 28, c'est le tournant de la course. Olivier Langlois,
coureur de Mantes la Ville, le meilleur d'entre nous, m'encourage au bord de la route. Il a
arrêté, diminué par une gastro entérite. La poisse pour lui. Je suis fort dans la tête mais les
jambes ne sont pas super. Nous atteignons les deux heures de course.
« SI TU VEUX CHANGER TA VIE, COURS UN MARATHON »
Km 30. Les choses sérieuses commencent. Nicolas parti devant, seul face au vent, connait une
défaillance et doit abandonner un peu plus loin. Le groupe, ce qu'il en reste, n'est plus qu'une
file indienne et je suis celui à la poursuite derrière. (2h06') C'est à ce moment de la course que
la présence d'Eric aurait été précieuse. Seul face au vent et à l'horizon, je commence le
traditionnel contre le montre individuel de la dernière heure de course. Chaque foulée compte
. Km 32. nous quittons l'asphalte pour traverser un chemin gravillonné et pleins de trous, on
se croirait sur un secteur pavé de Paris Roubaix, pas idéale pour trouver de bons appuis à nos
jambes endolories au fil des km. Puis nous longeons l'Eure dans un joli aller retour sur une
piste cyclable. Il y a du monde pour nous encourager. Je croise Laurent Zmuda, plus d'un
km devant. Il terminera fort (2h49). Eric se trouve à 150 mètres derrière moi et m'encourage.
(2h28 au km 35) Je suis à fond les manettes. Km 36 , un dernier raidillon a raison de mon
espoir de courir en 3 heures. Le vent se lève de nouveau, ralentit ma démarche, seul face à la
ville qui s'approche. « Mwouais, faut finir comme on peut »je me dit à ce moment là.
Km 40. 2h52. Je ne me suis jamais retourné de la course et là j'entends une voix familière.
C'est Eric qui se rapproche et revient. Il finit au moral comme on dit avec des jambes qui
répondent de nouveau. J'ai ralenti aussi un peu l'allure. 24 minutes lors des cinq derniers km.
Nous entrons dans Val de Reuil, ville nouvelle. Mon souhait était de terminer ensemble. Mon
voeu est exaucé. Eric s'exclame: « Zatopek avait dit -si tu veux courir, courir un km, si tu
veux changer ta vie, cours un marathon » C'est vrai, le marathon a changé ma vie. C'est pour
moi un peu comme un étape de montagne au Tour de France, avec ses moments d'euphorieet
de plénitude, ses coups de bambous, l'émotion du départ et de l'arrivée. Nous franchissons
mains dans la mains la ligne en 3h 03'36'' ex-aequo. Je repense à ces deux marcheurs russes,
ensemble à l'arrivée du 50 km marche des championnats du monde de Tokyo en 1991,
injustement départagés afin déclarer un vainqueur. La victoire aujourd'hui, c'est celle de
l'amitié.
ET MAINTENANT ?
Courir en moins de 3 heures, je l'ai réalisé de justesse. Pour aller plus vite, je devrais
m'entrainer davantage et mieux. On n'a jamais fini d'apprendre. Mais je ne veux pas me
focaliser uniquement sur la quête d'un chrono pour épater la galerie. La course à pied est
riche d'expériences sportives et humaines extraordinaires. Cela nous sort de notre quotidien,
compartimenté. Courir, c'est la liberté et le plaisir à partager avec ses proches, sa compagne
si possible, ses amis.
J'ai ainsi décidé de prendre le départ le 3 décembre prochain de la SaintéLyon, trail nocturne
de 68 km reliant St Etienne à Lyon par les Monts du Lyonnais. 45% de chemins, 55% de
routes, un parcours complet, exigeant, mais magnifique, la nuit avec la frontale (départ à
minuit). Cette fois, ce sera en solo, après deux expériences en relais en 2002 et 2003.
J'ai envie de courir à la sensation, sans chrono, vivre une nouvelle expérience, je l'espère
enrichissante. Cette course me fascine depuis tout jeune. Chaque premier dimanche de
décembre, pendant près de 25 ans, mon père a participé et plusieurs fois remporté cette
épreuve de légende cher aux rhônalpins. Mon frère l'a courue déjà deux fois. C'est une
histoire de famille. C'est comme rentrer en religion, on transmets des valeurs et une tradition.
Je veux bien reprendre le flambeau, cette nuit là, sur les sentiers et routes reliant Saint
Etienne à Lyon.
Alexandre Delore
« Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas,
c'est parce nous n'osons pas qu'elles sont difficiles » Sénèque
Remerciements notamment à Eric Lefebvre, Laurent Zmuda, Antonio Monteiro, Stéphane
Chary, Cyril Gindre, Rodolphe Jacottin, Régis Lacombe, mon père, mon frère et
Laurence pour son soutien.
Photos du marathon Seine-Eure à consulter sur www.normandiecourseapied.com
et www.cb2000.fr
Publicité

Publié dans CR de courses

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article