Valentin .... son UTMB
Après deux jours de joie, de franches rigolades, bref d’aucun stress, nous voilà une partie des givrés, parmi 2500 participants, représentant 48 pays, au départ de la 4e édition de l’UTMB, cette aventure humaine et sportive.
Tout est réuni pour que cette course soit mythique à mes yeux.
Le parcours où se joue cette tragédie moderne,
Un décor unique, autour du Mont-Blanc, à cheval sur
Les sensations,
autant de craintes que d’excitation qui se lisent sur nos visages.
La communion des pèlerins de l’effort suprême,
qui retentie sur la place du Triangle de l’Amitié.
19H, le départ est donné et les 2500 courageux sont lâchés dans les rues de Chamonix, face à leur rêve de finisher, sous les encouragements des proches et des spectateurs.
Une forte émotion plane au-dessus de cette caravane humaine qui file devant ce défi personnel où expérience des limites, dépassement de soi, confraternité, fierté, des notions qui reviennent en boucle dans nos têtes vers un point commun : l’osmose avec la nature, l’essence de ultra-trail.
Mon fidèle binôme Pierrick et moi-même nous nous laissons porter par les sourires des gens, rendant nos premières foulées légères et rassurantes.
Après toutes ces émotions, nous voilà sortis de Chamonix vers la première ascension les Houches (Km 8 –
Après une partie asphaltée nous menant au barrage des Houches et jusqu’à l’église, nous atteignons le premier ravito.
Quelques poignées de fruits secs, une gorgée d’eau et sous les encouragements des bénévoles, nous reprenons le chemin de notre périple vers la première difficulté de la course, le col de Voza (km 13 –
Dans l’ascension nous rejoignions Titi, assis sur un rocher en guise de chaise, essayant de soigner une ampoule à l’un de ses pieds.
Nous l’aidons à se soigner tout en prenant de ses nouvelles, mais ils nous annoncent malheureusement que sa blessure à l’épine calcanéenne le fait souffrir.
Nous lui souhaitons bonne chance et nous continuons notre ascension vers le sommet où en chemin nous récupérons Laurent et Cyril qui contents de nous voir, nous rassurent sur leur état de forme.
Nous échangeons quelques mots entre coupés de brefs sourires, en nous souhaitant bonne chance et rendez-vous sur la ligne d’arrivée.
Après une montée en lacets et raide par moments, la pente se calme et par une traversée ascendante, nous atteignions le sommet où un ravito bien mérité nous attend.
Après un bon et chaud ravitaillement, nous décidons de nous équiper pour notre première nuit de course (veste technique, lampe frontale et nos fidèles battons), puis nous entamons notre folle descente raide et technique vers les Contamines.
Une succession de montées et descentes aussi raides et douloureuses pour nos chevilles, dans un froids qui commence à se faire sentir, nous conduiront au ravito des Contamines (Km 25 –
Une soupe chaude, une poignée de cacahouètes et nous voilà reparti vers le col de
Les montées sont raides, où racines, cailloux, rochers et ravines s’associent pour nous rendre la tâche plus difficile.
Mais les jambes ainsi que le mental sont toujours là, et nous avalons les difficultés avec une allure régulière et prudente dirigée par mon binôme de toujours Pierrick.
Col
Au ravito des Chapieux (Km 44 –
Bravo champion !!! tu es un modèle de courage et de ténacité, ne change rien et reste toujours avec le même état d’esprit et continue à incarner les vraies valeurs du trail (simplicité, courage et respect des autres).
Montées et descentes très raides se succèdent jusqu’ au col de
Nos jambes et notre moral sont toujours là, faisant honneur à notre longue préparation (8 mois, de nuit comme de jour, kilomètre après kilomètre), merci Rodolphe pour la qualités de tes entrainements et tous tes précieux conseils.
Nous dévalons cette descente avec une aisance de souplesse dans chacune de nos foulées, quand soudain Pierrick chute lourdement, se tordant la cheville dans une ornière.
Ses mots de désespoir et de clémence pour sa cheville m’inquiètent et une voie intérieure le supplie de se relever tout en l’aidant.
Après quelques mètres douloureux pour Pierrick, nous continuons notre chemin vers le refuge Elisabetta.
La cheville de Pierrick semble le faire souffrir et le contraint à ralentir l’allure, creusant alors un écart de plus en plus important entre nous, jusqu’au ravito d’Elisabetta.
Refuge Elisabetta (Km 58 –
Pèlerins de l’effort après une nuit de courage et de ténacité.
Je me ravitaille tout en fixant la descente avec l’espoir d’apercevoir mon fidèle binôme.
Les minutes s’écoulent, et toujours pas de Pierrick en vue, mon dos commence à me faire souffrir suite aux successions de descentes.
C’est alors que soudain j’aperçois un visage familier, Laurent, oui c’est bien lui avec son fidèle chapeau.
Il m’annonce que Pierrick semble souffrir du froid et avance péniblement, nous échangeons nos premières impressions sur la première nuit que nous venons de passer, tout en attendant Pierrick qui tarde à arriver.
Après une attente inquiétante sur l’état physique de Pierrick, Laurent et moi-même repartons ensemble vers notre destin, dans cette terrible mais belle aventure.
J’apprendrais malheureusement plus tard les abandons de Cyril souffrant de terribles échauffements et de Pierrick saisi d’une hypothermie due au froid.
Bravo les gars !!! pour être aller au bout de vous-mêmes et ne considérez pas vos abandons comme une défaite, mais plutôt comme un apprentissage sur le monde de l’ultra. Moi-même j’ai appris beaucoup durant cette aventure, du positif comme du négatif mais une chose est sûre nous sommes tous honnêtes avec nous-mêmes.
Les cols s’enchainent les uns après les autres ( Arête du Mont-Favre -
Courmayeur – Dolonne (Km 72 –
L’accueil des Valdôtains ainsi qu’à ma grande surprise la présence de Pierrick et Titi venus me soutenir dans mon effort à l’entrée du centre des sports, sont chaleureux et très réconfortants.
Pendant que je change de vêtement, Pierrick et Titi mon assistance improvisée sur le champ, m’apportent un bon plat de pates et me remotivent pour la suite.
Après un bon ravito, je repars sous les encouragements de mon assistance de choc précédée de peu par Laurent.
Des paysages de rêves se dévoilent à mes yeux tandis que mes jambes continuent à accepter depuis de nombreuses heures une intense sollicitation musculaire.
Les dénivelés positif et négatif se succèdent les uns après les autres, mais une fatigue morale et physique commence à se lire sur les visages de certains concurrents.
Une bonne soupe, des tranches de saucisson avec un morceau de pain, et je repars vers l’ascension du grand col Ferret.
Je n’ai plus qu’à aborder, pour de vrai maintenant, l’ascension du GRAND COL FERRET celui-là même qu’avait identifié au loin un concurrent une dizaine d’heures auparavant, depuis le col de
Evitant une route empierrée, le chemin part immédiatement sur la droite pour s’élever très vite dans les prairies et passer aux ruines de Sagoian (
A flanc de montagne, après un chemin en balcon, coupant trois ravines puis traversant à gué un petit torrent, j’arrive sous la butte où trône le refuge Elena (Km 93 –
Un verre de coca, une poignée de cacahouètes et je repars du refuge précédé de peu par Laurent, le deuxième givré de cette épuisante course.
Après une large sente en lacets dans les pâturages qui s’élèvent vers des fermes d’alpage quelque peu abandonnées, j’arrive au sommet du GRAND COL FERRET.
Me voilà maintenant avec un pied en Italie et l’autre en Suisse !
Non loin de moi, sur ma gauche, domine le mont Dolent, triple frontière franco italo suisse, symbole de mon périple.
Enfin
Mais celle-ci n’est pas trop raide, ça fait du bien, par contre elle est longue, forcément !
Un sentier court à travers les alpages puis, par une longue traversée je finis par regagner progressivement le fond de la vallée.
Après
Je repars après un ravitaillement rapide, direction les Foully sous la pluie qui vient se joindre mielleusement à notre périple.
La descente est raide ainsi que les jambes, je compense au maximum avec mes battons pour les soulager.
C’est en pensant aux différents messages de soutien laissés par ma femmes sur mon téléphone portable, que je repars pour une deuxièmes nuit pluvieuse en montagne.
Passant de sentiers très agréables et plutôt descendants, mais comportant quelques remontées jamais très longues à des chemins tantôt plats, larges et étroits, traversant quelques ruisseaux, j’arrive au village de Praz de Fort où mes supporters Pierrick et Titi par leur présence et leurs encouragements me motivent à continuer.
Après avoir traversé et suivi une route sur
Cette montée sera très pénible et épuisante jusqu'à la base d’accueil où m’attendaient de nouveaux mes deux fidèles supporters.
Champex-lac (Km 117 –
Vais-je pouvoir passer les quatre dernières ascensions et finir cette terrible course usante ? Mes supporters s’en aperçoivent par mes propos et trouvent sans faire de grands discours, les mots justes pour me remettre en course. Merci les gars, ces quelques mots resteront graver dans ma tête, durant toute la course.
Après m’être bien alimenté et avoir changé de vêtements, je repars tout ragaillardi en direction des Bovines.
Des messages de soutien de ma femme et de collègues de club sur mon téléphone portable, me font réaliser la performance que je tente de finir.
Accompagné d’un petit groupe de coureurs, j’empreinte une route forestière qui devient chemin jusqu’à plan de l’Au (ferme et halte, où la fontaine offre de l’eau non potable ! Pour se rafraîchir les jambes seulement …).
Je passe une barrière pour m’enfoncer dans la forêt sur un chemin en plat montant qui se rétrécit légèrement.
Je suis complètement dominé à gauche par le clocher d’Arpette, devant et à droite par les alpages de Bovines.
Encore une barrière et vlan ! Il me faut monter sur un chemin accidenté et qui grimpe droit vers les alpages.
Les rochers et dalles glissantes par la pluie incessante, rendent la montée difficile et dangereuse.
Je traverse un torrent au pied d’une cascade et cela continue à monter …
Le chemin grimpe, abrupte, au milieu des épicéas et des mélèzes puis, brutalement, débouche sur une prairie d’alpages et gagne, en un long balcon sur la droite, les fermes des Bovines.
Ouf ! Un ravitaillement, où des concurrents épuisés décident de passer la nuit.
Pour ma part, je décide de continuer et
Je passe un portail, et au loin je distingue le col de
Un froid terrible du aux fortes ravales de vent et de pluie, me déclenche de violents tremblements dans tout le corps.
Je me dépêche pour basculer en face sur un chemin bien roulant qui descend à flanc de montagne dans une forêt pour retrouver un peu de chaleur.
Petit replat dans les pâturages un peu marécageux, et reprise de la descente vers le glacier de Trient et son village.
Trient (Kms 132 –
Je m’engouffre sur un sentier qui monte en lacets raides sur
Les montées et les descentes deviennent de plus en plus douloureuses pour mon genoux droit, mais je retrouve des pentes normales, pour passer une crête puis un chemin à flanc de montagne qui monte tranquillement avant de redescendre sur l’alpage de Catogne, puis une descente sur une sente en épingle à cheveux, et me voilà aux Esserts, de retour en France.
La descente se poursuit pour se terminer enfin ! au ravitaillement animé de Vallorcine (Km 142 –
Tout en buvant un thé chaud avec quelques biscuits, je masse mon genoux où une inflammation commence à apparaître.
A ce moment de la course on ne réfléchit plus ! seul le mental vous permet de prendre le dessus sur votre physique pour finir cette course de givrés.
Encore deux cols à franchir, je repars en serrant les dents jusqu’à la montée du col des Montets, puis la descente en lacet sur un sentier, pour enfin rejoindre le ravito d’Argentière.
Je tiens bon, jamais la fin n’a été aussi prés ! Mais comme toute fin, je dois rester concentré.
Après quelques instants de réconfort, c’est reparti pour le sprint final jusqu’à Chamonix. Pour information les meilleurs ont mis moins d’une heure sur cette portion en 2005.
Cette dernière ascension sur un sentier caillouteux avec pas mal de racines d’épicéas, accentuera mon inflation au genoux et rendra ma fin de course très pénible, mais si prés du but ce serait dommage de jeter l’éponge.
Après 2h50 d’ascension, un chemin large jusqu’à une route goudronnée, un rond point,
Il me reste
C’est en courant malgré ma douleur au genoux et sous la clameur des spectateurs admiratifs, la décharge d’adrénaline, mes compagnons de courses (Pierrick et Titi), qui n’attendaient que leur héros, l’ambiance… et surtout moi qui vient de gagner ce combat sur moi-même, je franchis la ligne d’arrivée après 39h et 59 minutes d’efforts.
Mes premières pensées seront des remerciements pour ma femme et mon petit bonhomme Enzo, car leur soutien et leur patience pendant mes entrainements, m’ont permis de boucler cette merveilleuse boucle.
Puis à mes proches, mes compagnons de club, mes collègues de boulot etc.………
Admiratifs de mes performances.
Et pour finir aux givrés ( Rodolphe, Pierrick, Cyril, Thierry, Laurent ) pour leur gentillesse et leur bonne humeur, c’est un bonheur de courir avec vous !!!
J’oubliais, merci à Isa et Babeth (les femmes de Cyril et Laurent) pour leur sympathique repas d’avant course.
Un sage espagnol a dit un jour (( la victoire sur soi-même est meilleure, si vous savez la partager )), je partage cette victoire avec deux grands hommes Pierrick et Titi, qui ont représenté sur cette course les valeurs de l’ultra.
Voilà je suis finisher de l’UTMB édition 2006. Put……… Que c’est bon !!!