Lyon 2007 : Un marathon chaleur-eux !
L’hypothèse du réchauffement climatique s’est encore vérifiée le 29 avril dernier. L’été au mois d’avril a attiré une foule de spectateurs encore jamais vu à Lyon pour encourager plus de 2500 marathoniens. L’occasion pour moi de revenir courir sur le parcours de mon premier marathon, quatre ans plus tôt et pour Eric Lefebvre une belle découverte. Retour sur un week end lyonnais pour les deux compères de l’AS Mantaise.
Samedi 28 avril 2007. Départ de Mantes la Jolie en TGV direct, direction Lyon Part Dieu, trois heures plus tard. Eric et moi échangeons nos impressions sur notre préparation : trois mois d’entraînement spécifique, quatre à cinq séances par semaine, un plan concocté par notre conseiller technique et ami, Antonio Monteiro, de Running Mantes. Les acquis sont là, la forme au rendez-vous.
Cette fois, la chaleur sera de la partie. Nous revoyons nos objectifs un peu à la baisse. Partir sur les bases de 3h - 3h05 et non plus 2h55 semble plus prudent. Deux inconnus pour moi à cet instant : ai-je bien digéré la SaintéLyon cinq mois plus tôt ? Vais-je bien supporter la chaleur que je n’affectionne guère lors de longues sorties d’endurance ? Me revient à l’esprit le 19 juin 2005, le marathon du Mont Saint Michel, 35 degrés, pas d’air et des coureurs qui tombent comme des mouches, le Mont tel un mirage pendant 36 kilomètres, l’impossibilité d’aller plus loin et le ballet des secours…
Et dire que pour une première visite de la côte bretonne et normande, je m’attendais à toute autre chose. Je n’avais pas tout perdu pour autant dans mon virée bretonne, j’avais fais la connaissance d’un coureur aveyronnais chaleureux et conseiller précieux : Régis Lacombe, futur vainqueur quelques mois plus tard des mythiques cent bornes de Millau.
Dimanche 29 avril 2007. 8h45. Sur la ligne de départ, près du stade Gerland, l’astre solaire est déjà au zénith, même pas besoin de vêtement d’apparat pour se protéger d’une hypothétique fraîcheur matinale. Le speaker rappelle aux marathoniens de bien s’hydrater dès le départ. Et lors des ravitaillements, tous les cinq kilomètres. Les premiers kilomètres se résument à cela : boire, s’éponger pour retarder les effets de la chaleur. D’habitude, cela discute dans le peloton. Cette fois, c’est silence radio. La chaleur a refroidi les esprits !
Eric me devance d’une cinquantaine de mètres, je préfère quant à moi rester un peu en retrait, en présence d’une marathonienne de renom à Lyon, Patricia Maréchet. Les kilomètres défilent dans ce contexte avec quelques bonnes surprises : le passage pour la première fois à l’intérieur du Stade Gerland, un public nombreux au bord de la route, un parcours en tout point roulant et agréable dans la presqu’île, entre Rhône et Saône…
Mi course en 1H29 et déjà les premiers signes de fatigue musculaire au niveau des quadriceps. Premiers effets de la chaleur ? Le meneur d’allure de trois heures nous dépasse. Eric revient volontairement à ma hauteur au kilomètre 23 à l’entrée du Parc de la Tête d’Or. Histoire de voir si ça va. L’un comme l’autre, c’est mitigé. A la croisée de nos chemins, notre quête, terminer au mieux, se résume en trois termes : régulation dans l’allure, résistance à la douleur, utopie d’une limite à atteindre. La récompense : la concrétisation d’un entraînement minutieux depuis plusieurs mois, pour Eric depuis le marathon Seine-Eure.
Nous courons ensemble à présent pour la première fois depuis le départ. Nous traversons les allées ombragées et verdoyants de la Tête d’Or pour nous retrouver au kilomètre 27 sur le boulevard de la Cité Internationale : trois kilomètres en aller jusqu’à la Cité universitaire de la Doua et retour jusqu’aux Berges du Rhône. En plein soleil. Je lâche prise au 30 ème kilomètre, au début de la route du retour, une longue ligne droite de près de dix kilomètres avec en point d’orgue la traversée intégrale des berges du rhône. Passés en 2h08 à ce moment là, Eric et moi terminons chacun à notre rythme. En voyant le masque des premiers, croisés quelques instants plus tôt et des coureurs partis devant et maintenant en difficulté, c’est plus prudent, une défaillance, une vrai et c’est une demi-heure de plus à l’addition finale.
Je croise d’un regard furtif François Mirodatos, un ami marathonien de Lyon, qui m’encourage et vient d’aborder le chemin aller du boulevard. Il semble encore fringant avant d’aborder la dernière ligne droite.
Le parcours est plat comme une limande mais l’impression physique est plutôt de grimper un col de moyenne montagne : la foulée raccourcie, le haut du corps se raidit un peu. La sensation d’être vaseux pendant quelques instants.
La monotonie de ce passage tranche alors avec la traversée des berges du Rhône: public connaisseur, beauté du site récemment réaménagé pour les coureurs, cyclistes, rollers, promeneurs… C’est Lyon plage toute l’année ! Un lieu un peu minéral quand même…Le plus marquant à cet instant, c’est le regard des gens : de l’admiration, du respect dans leurs yeux. On se dit alors que cela vaut la peine de relever un tel défi, qui n’est pas si commun de nos jours, dans une société moderne où l’on met en avant d’abord l’avoir et le paraître.
Arrive le parc Gerland. La brise légère du Rhône a disparu, pourtant non loin de là. Deux mille mètres avant de franchir la ligne d’arrivée, plus d’eau en réserve, de nouveau en plein cagnard. Il est presque midi. Pas de ravitaillement à cet endroit. Désagréable surprise. Passage délicat où je cours au radar. La consolation hydrique viendra à la sortie du parc. J’entends alors la sono, y en a plus pour longtemps. Je lâche les chevaux dans les cinq cent derniers mètres, me surprend d’aller au-delà de la vitesse marathon (le mur du son du marathonien !), reçoit à l’entrée du dernier virage les encouragements du père et finit par doubler mes compagnons de route. La ligne franchie, l’impression est bonne. 3h07, dans ces conditions, j’ai dosé l’effort sans défaillir. Pour un record, on repassera ! Je retrouve Eric, arrivé quatre minutes auparavant. La satisfaction est partagée. Sa découverte de Lyon l’a comblé : un parcours agréable, une cité au patrimoine historique varié, pleine de charme, une météo estivale. Un week-end réussi.
Après quelques semaines de repos, se profile fin juin une belle sortie entre copains de Mantes : un trail de quarante bornes dans l’Aveyron, la Merrell Aubrac. Ensuite, viendra fin août l’installation à Bellegarde sur Valserine, près de la Haute Savoie, avec ma compagne Laurence, pour un nouveau challenge professionnel. Forcément pour moi un nouveau club (Le Club Athlétique Bellegarde ?) et une nouvelle page qui se tourne. J’attendrai raisonnablement le printemps prochain pour renouer avec une longue distance et celle reine des 42 kilomètres et 195 mètres. A Annecy peut-être, ma future terre d’adoption, toujours en quête de sens et d’introspection.
Au fond, la course à pied n’est pas qu’une course à la performance, c’est une activité parmi d’autres où l’on peut s’accomplir à hauteur d’homme, avec un humble objectif : durer.
Alexandre DELORE