Mon 1er UTMB ....
Cela fait deux semaines que l’UTMB est passé et je me résous enfin à écrire mon CR. En effet, décrire un échec n’est pas chose facile. Mais comme disait un ultra-traileur de renom, un coureur ne devient un coureur d’ultra qu’à partir du moment où il a connu l’abandon. Par où commencer ? Je ne sais pas. Aller je me lance même si cela va me remémorer des moments difficiles. Dès Lundi 21 août au matin me voilà parti vers Chamonix avec ma petite femme et mes 3 bambins. Quelle joie pour moi de partager cette course avec ma famille. Nous rejoignons Visite de Chamonix, mer de glace, train de Montenvers sont notre lot quotidien jusqu’à jeudi. Décontraction quoi. Jeudi Matin, réveil à l’aube pour 9h30,nous partons à Chamonix chercher les dossards et rejoindre les autres givrés. Premier contact avec A l’entrée agréable surprise, je vois mes compères du Raid 28 et l’équipe Turom qui tient un Stand. Un bonjour à Marc Amrich qui lui participe au court. Il m’informe qu’ils seront tout de même 6 de l’équipe Turom à s’aligner sur le long. Bravo. Retrait des dossards et à la sortie nous retrouvons les autres givrés, Valentin, Pierrick et Titi ainsi que mon pote Thierry de Paris qui avait bouclé la diagonale des fous en moins de 40h cet hiver : un exemple pour moi, car sa simplicité et son humilité m’apprennent beaucoup sur ce que doit être un Ultra-traileur. Petite photo entre potes : voilà des bonnes têtes de vainqueurs non ? Surtout Pierrick avec sa tête de premier de la classe. Ensuite repas entre givrés au chalet : Hein qu'elles sont bonnes les pâtes Valentinou.


Le reste de la journée sera occupé au repos et aux derniers préparatifs des sacs. En effet, si je n’ai pas refait 5 fois au moins mes sacs je ne suis pas tranquille. Le froid s’étant installé sur la région, nos certitudes sur nos habits à emporter s’envole. J’ajoute au dernier moment à mon sac de course une polaire plus chaude et un poncho pour Je me remémore mon passé de gros, pas si lointain (5ans,) où mes Week-end étaient consacrés à flemmarder devant Où m’as tu embarqué Pierrick ? J’ai peur. Mais je ne dois pas le montrer à ma petite femme qui déjà s’inquiète beaucoup. Mon fils de 11 ans ne comprend pas pourquoi je redoute tant cette course : « Papa si tu n’en peux plus …. tu arrêtes »
Vendredi matin 8H30 :Réveil. Les traits sont tirés, le doute s’installe. Mais où s’est on embarqué.
C’est pourtant si simple dans la bouche d’un enfant. Malheureusement dans nos têtes de givrés, nos raisonnements sont plus tortueux. En effet, nous savons que nous irons au bout de nos forces et même au-delà. C’est ça que nous recherchons, du moins je crois.
« Et non Mathieu, la connerie des coureurs fait que je n’arrêterai pas même si je n’en peux plus ».
C’est pour ça que j’ai peur. Je me souviens des douleurs endurées sur l’ascension du col de Chavière début juiller lors du Trail de Vendredi 25 août 15H : Après un bon plat de pâtes concocté par nos petites femmes qui nous ont bien choyé durant ces 5 jours, nous descendons sur Chamonix avec Après avoir laissé nos sacs à l’organisation, nous nous dirigeons tranquillement vers la place où sera donné le départ à 19H L’attente est un peu longue sur la place surtout que le ventre tiraille de plus en plus. Thierry et Titi nous rejoignent, tandis que Pierrick et notre Valentin National sont restés à la pasta-party pour se restaurer. Mon pote Thierry accompagné de votre serviteur sur la ligne de départ : Pierrick et Valentin rejoignent enfin la place à 18H40 mais la foule nous empêche de nous rejoindre. Par téléphone, nous décidons de nous attendre juste après le départ. 18H45- 18H50-18H55 : le départ approche et ma gorge se noue de plus en plus. Je décide d’appeler mon père. « Papa devine où je suis ? Il s’inquiète, me prend pour un fêlé, me demande d’arrêter si je n’en peux plus. Je le rassure en lui disant que je ne suis pas inconscient et lui promets de l’appeler dès que j’en ai terminé avec cette folie ». Le départ approche : Un grand écran nous fait monter l’adrénaline : Les organisateurs ont bien fait les choses et 1 minute avant le départ la musique de Vangelis « la nouveau monde » est lancée. Il ne m’en faut pas plus, les larmes me montent aux yeux. Mes compères sont aussi émus que moi. Ca y est nous y sommes au départ de l’UTMB. 8 mois que nous nous préparons, tant de souffrances, d’entraînements. A ce moment là, mes pensées vont vers Rodolphe, qu’une entorse a empêché d’être parmi nous.

Merci mon Roro pour tous tes conseils, ton abnégation et je suis sur que la prochaine fois tu seras des nôtres.
19H02 : le départ est lancé, main dans la main avec
C’est le délire :

Tiens, le dossard 2218 rentre dans la prospérité.
J’essaie d’attendre Valentin et Pierrick mais la foule est trop dense : sur les premier mètres mes pieds ne touchent pas le sol : « eh les gars, 158 bornes comme ça, cela me va » les gens rigolent autour de moi.
C’est super, les premiers hectomètres dans Chamonix sont inoubliables. La foule est massée des deux côtés de la chaussée, et nous acclame comme de vrais héros.
Au bout de 500m,nos familles sont là avec des banderoles. Nous nous arrêtons avec
Malheureusement, croyant
Après avoir perdu les deux Thierry dès le départ, c’est au tour de Lolo.
Je suis seul, persuadé que tout le monde est devant moi. Je repars, assez rapidement sur le plat qui va jusqu’aux Houches. Un peu avant les Houches, enfin une silhouette familière : c’est mon Titi
Que cela fait du bien de retrouver un pote !
Nous arrivons ensemble au premier ravitaillement et attaquons ensuite la première ascension : Le col de voza ».
Un coup de fil : c’est Pierrick, il est avec Valentin derrière moi. Etant donné qu’ils sont plus rapides, ils me rejoindront dans l’ascension.
Malheureusement, la blessure de Titi le fait déjà souffrir (épine calcaléenne) et il doit s’arrêter pour se masser le pied.
Je continue tranquillement et déjà des effluves d’adrénaline parviennent à mon cerveau. Ah ce qu’on est bien dans ces ascensions.
Une spectatrice me prend gentiment en photo.
Ca y est mes deux compères Valentin et Pierrick me rejoignent :
Leur rythme endiablé ne me permettra pas de rester longtemps avec eux, mais ces quelques minutes passées ensemble sont agréables. Je repars tout seul, comme souvent lors de mes courses, je n’ai pas la chance d’avoir un binôme comme forme Valentin et Pierrick. 21H09 : Ravitaillement du col de Voza. Tout va bien, je me couvre, c’est super. L’ambiance est fantastique et pendant l’ascension j’ai pu observer l’objet de tous nos malheurs Après m ‘être ravitaillé, je repars pour la descente vers Les contamines. Les jambes sont là et j’avance à allure correcte, bien que je commence à ressentir les premières prémices de la cause de mon abandon. En effet, dans cette descente je commence à sentir des picotements dans l’entre-jambes. Rien d’alarmant pour l’instant mais je me dis qu’il faudra que je m’applique de Tout va bien et malgré un bon coup de frein, dû à la foule, un peu avant les contamines j’approche de la première barrière horaire. Peu avant Les contamines, qui vois-je devant moi boitant bas : Thierry. Que s’est-il passé ? Un concurrent en tombant dans une descente l’a emporté dans sa chute lui provoquant une entorse. Il a mal, souffre depuis 23H23 : Arrivé aux Contamines : c’est de Mon MP3 collé sur mes oreilles, j’avance à vive allure et ignore ces douleurs. Je croise Karim déjà rencontré lors de mon tour du glacier de L’ascension de col du Bonhomme est dure et c’est une longue file de frontale qui se dessine dans cette montagne. C’est magnifique. Des frissons s’emparent à nouveau de moi. J’adore ces moments de communion avec tant d’inconnu dans la souffrance. Malheureusement, un SMS m’apprendra que Titi a également abandonné aux Contamines, la douleur au pied étant trop forte. 
1H12 : j’arrive à A nouveau, je n’ai pas de soupe chaude au ravitaillement, ce qui me fait pester. Je n’ai pas eu de chaud depuis le départ et cela fait déjà plus de 6 heures que nous sommes partis. Je repars, l’ascension est de plus en plus dure. Les brûlures de plus en plus vive. Enfin je passe en haut du col aux alentours de 2H15. Il me reste Malheureusement, c’était sans compter sur le calvaire que j’allai vivre durant cette descente. La première partie est très technique et les récentes pluies abondantes n’ont rien arrangé.
Mes difficultés à marcher normalement font ressurgir mes tendinites aux rotuliens.
Je descends très doucement et me fais doubler par bon nombre de participants, moi qui d’habitude suis un bon descendeur à défaut d’être un bon grimpeur. Quand, à l’approche de Chapieux, la pente se fait plus douce, mes genoux me laissent tranquilles mes les douleurs à l’entre-jambes sont telles que chaque pas est un calvaire. Le doute est totalement installé en moi. J’essaie d’avoir des images positives mais je n’y arrive plus. Cela fait trop mal. Qu’est-ce que je fais là ? Qui cela va gêner si j’abandonne aux Chapieux ? Ma femme ? Elle sera déçue mais sera rassurée que rien ne me soit arrivé. Mes enfants ? Oui je pense mais bon je ne sais pas s’ils font une différence entre un 10 bornes et ce monstre bouffeur de traileurs qu’est l’UTMB. Mess potes les givrés ? Non, car ils sont là et savent ce que c’est.
Alors pourquoi continuer à souffrir ? Pour moi certainement, pour mon orgueil.
4H47 : J’arrive enfin aux Chapieux avec une heure de retard sur mes prévisions faites en haut du col du bonhomme. J’ai perdu pas loin de 200 places entre La Balme et Les Chapieux soit
C’est dur, surtout que la douleur est à son paroxysme.
Arrivée à la base de vie, une bénévole ayant certainement lu mes stigmates de douleur sur mon visage me demande si cela va.
Je lui réponds que non, mais décide d’attendre un peu avant d’enlever mon dossard. Qui sait, il me reste 1H15 avant la barrière horaire et les médecins vont peut-être faire des miracles. Malheureusement, de miracle il n’y en a pas eu et sur le conseil d’un médecin j’abandonne non sans difficulté vers 5H30. En effet, il me reste 30h de course si je vais au bout et les brûlures sont trop vives et mes genoux me font trop mal. Le doute m’a terrassé et à finit, après avoir fait son travail de sape pendant toute la descente, par gagner. Que l’abandon est dur ! C’est le premier que je subis. Sûrement pas le dernier.
J'ai mal, je souffre, je pleure. Tous les mots de réconfort des bénévoles ne sont rien à côté du goufre qui se présente à nous nous lors d'un abandon.
Retour laborieux en bus sur Chamonix (3H de bus pour faire Les Chapieux- Chamonix), où durant le parcours j’apprendrai avec tristesse l’abandon de Pierrick au « refuge Elisabetta » pour hypothermie.
Que cette course est dure, sur 6 givrés au départ, seul 2 sont encore en course à l’aube de la première nuit.
Mais ces deux là, c’est de la graine de champion. Valentin et
Bravo messieurs et respect car je crois que vous avez pioché au plus profond de vous-même afin de venir à bout de cette boucle infernale.
Deux semaines sont passées depuis, j’ai recommencé à courir et rêve déjà à mes futures périples. Néanmoins, cet UTMB 2006 restera gravé à tout jamais dans ma mémoire.

C’est autour de ça que nous avons tenté de tourné durant près de 45H.
Le vainqueur 2006, Marco Olmo, un V2 de 58ans, en un peu plus de 21H. Bravo Monsieur Olmo.
Cela me rassure, je n’ai que 37ans, je suis jeune et espère bien un jour le finir ce tour.
L’ UTMB m’obsède et pourquoi pas le retenter dès 2007, voir 2008.
Il faudra travailler le mental et savoir que tout le travail du monde n’assurera jamais à 100% la réussite d’un tel périple. Le moindre petit bobo peut se transformer en calvaire et avoir raison de nous.
Encore un grand Bravo à Valentin ainsi qu’à
Merci à ma petite femme et mes 3 enfants d’accepter la vie d’un givré, à Rodolphe notre entraîneur qui par ses conseils avisés et sa gentillesse rend la course à pieds plus agréable, et à tout les autres givrés Valentin, Pierrick, Titi,
Et rendez-vous très bientôt autour de ce sommet de l’Europe afin de boucler le tour ce coup-ci.