Mon utmb 2006 ... le début

Publié le par Pierrick

  

Je l’ai rêvé, je l’ai espéré, je l’ai raté. Ou du moins je ne l’ai pas terminé.

 

Depuis que le projet de faire cet UTMB 2006 m’a tarabiscoté à savoir au retour de la 6000D 2005, je suis passé par de multitudes phases. De l’euphorie le jour de mon inscription aux doutes à la fin du TGV. En passant par la colère, après moi-même, les jours de mes entorses coups sur coups qui m’ont handicapées pendant ma préparation et pour le Trail de Murat.

  

J’avais pressenti que cet UTMB serait une aventure physique, sportive et humaine hors du commun. Je n’ai pas été déçu. C’etait complètement à la hauteur de mes attentes. Cela a permis de mieux me connaître aussi. De connaître mes faiblesses, mes forces, là où je dois encore travailler. Et je peux vous le dire, il y en a du boulot encore.

  

En tout cas le jour J,  le 25 Août 2006 à 19 heures, lorsque avec mes 2500 compères de courses je passe sous la banderole du départ, je suis en pleine possession de mes moyens. Plus de bobo, le moral est bon, la condition physique est bonne, bien préparé que je suis par les entraînements de Rodolphe. Un grand merci à lui d’ailleurs au passage. J’ai juste arrêté de suivre le plan d’entraînement 3 semaines avant le départ histoire de faire du jus. C’était une appréciation personnelle de ma part. L’idée étant que pour moi la caisse et les jambes avaient déjà été travaillées les semaines précédentes. Donc plus d’excuse pour ne pas terminer ce mythique tour du Mont Blanc.

  

Le vendredi nous sommes arrivés très tôt sur Chamonix. Un déjeuner à base de pâtes dans une pizzeria du centre ville avec Thierry le pote de Cyril qui est tout seul sur Chamonix et nous voila à glandouiller gentiment au soleil sur la place du départ. Tranquillement nous rentrons dans la course. Les rayons de soleil qui nous ont fait tant défaut depuis notre arrivée ici, nous invite à la sieste. Nous nous détendons sur l’herbe près de l’église au milieu des badauds. On discute, on rigole.. Thierry Valentin et moi sommes sereins. Nous attendons sans impatience l’heure de nous préparer pour le grand tour. Un coup de fil de Marco, notre Marco pas celui qui gagnera cette année l’UTMB, nous sort de notre léthargie et nous envoie quelques encouragements  avant le grand départ. Il semble tout aussi excité que nous à l’autre bout du fil. Je pense que beaucoup d’autres du club ou de nos relations respectives sont dans le même état, prêts qu’ils sont à nous suivre sur le site internet de l’organisation

  

L’ambiance sur Chamonix est depuis notre arrivée assez extraordinaire. J’ai la sensation d’être sur un spot de surf.. Sauf que la les grands malades sont des coureurs de longs fonds en montagne et pas des poissons qui marchent. C’est assez génial.

  

Vient l’heure fatidique. 16.30 . Nous sortons de notre torpeur et de la douceur de l’herbe. Nous nous dirigeons vers la voiture pour nous préparer. Chacun de notre coté de manière religieuse nous nous appareillons. Le silence qui règne est pesant. Chacun rentre dans sa bulle pour bien négocier la course. On se prépare dans la rue et les passants nous regardent tel des bêtes rares. Quelques concurrents nous croisent et nous souhaitent bonne chance pour cette nuit. La convivialité des ultra trailers n’est pas une légende. Chacun se respecte et se soutient. Ca commence même avant la course proprement dite. Nous nous habillons chaudement, même si la température est très clémente encore en cette fin d’après midi, car nous savons que cette nuit la haut dans la montagne les températures vont chuter. Malgré les alertes de Valentin, je m’apercevrais mais trop tard que je n’avais pas encore prévu assez chaud pour la nuit dans mon équipement. Nous préparons aussi nos sacs de dépôt pour Courmayeur et pou Champex. Thierry se contente d’un sac pour Courmayeur car il sait déjà qu’avec sa blessure si il arrive à Courmayeur que cela sera déjà un bel exploit. Cela n’entache pas à sa bonne humeur et le bonheur de participer à cette grande messe.

  

Moi je commence, au fur et à mesure que je m’équipe et que je prépare mes sacs, à me demander si tout va bien se passer. La pression commence un peu à monter. J’ai tellement envie d’aller au bout. Pour toute ma famille qui m’a soutenue et qui m’a supportée pendant toutes ces longues semaines de préparation mais aussi pour notre Rodolphe qui est resté à la maison suite à sa blessure de la semaine passée. Je sais qu’il va vibrer lui aussi avec nous pendant la course en nous suivant via internet.

  

Ca y est tout le monde est enfin prêt. Nous partons direction le gymnase harnachés tel des cosmonautes avec nos sacs poubelles pour Courmayeur et Champex . La longue transhumance des 2500 givres de l’Utmb 2006 commence dans Chamonix. Ils déambulent au milieu de la population en direction des différents points de rendez vous de l’organisation. En déposant nos sacs, nous perdons Thierry. Il est parti directement vers la ligne de départ. Il n’est que 17.30. Nous décidons avec Valentin de prendre notre temps et d’aller à la pasta-party avant de partir. Nous  rencontrerons là bas l’équipe des coureurs du stade Jean Guimier de Nanterre avec qui nous déjeunons. Ils semblent détendus. En même temps ils sont habitués à ce genre d’épreuve. Ce n’est pas le premier UTMB pour eux et certainement pas le dernier.

  

C’est sympa de les retrouver la. Car si moi je suis la aussi c’est un peu grâce à eux. En effet, quand il y a quelques années, après la souffrance de mon premier marathon je décida de m’entraîner un peu plus sérieusement, je trouva près de mon boulot de l’époque ce stade Jean Guimier avec des coureurs d’un autre genre. La majorité etait des ULTRAS TRAILER. Ils parlaient de Diagonale des fous, de Cromagnon, d’Utmb, des 100 Kms de Millau des courses qui pour moi étaient totalement inconnues. Moi qui pensait à l’époque faire déjà quelque chose de dur avec mes marathons, je relativisais beaucoup quand je les écoutais relater leurs exploits dans ce vestiaire. C’est la que l’envie de connaître ce qu’ils ressentaient à commencer à germer dans ma tête. Je me promis qu’un jour moi aussi j’irais côtoyer ces jolis parcours qu’ils évoquaient sans cesse.

  

Ils avaient raison ce monde de l’Ultra Trail est différent. Certainement un peu fou.. Mais tellement admirable.

  

Apres ce dîner rapide, à base de pâtes, semoule et riz, nous appelons nos joyeux compères. Ils sont déjà sur la ligne départ et trépignent déjà d’impatience. Nous approchons de la « sainte » place. La foule se fait de plus en plus dense, tant pas les Utmbistes que par les spectateurs. Enormément d’Utmbistes sont venus en famille pour vivre l’exploit ensemble. J’ai une pensée pour ma femme, Sylvie, et mes enfants .. mes 4 petits nains … Je sais qu’ils vont vibrer tous les cinq ce soir, cette nuit et tout le week-end pour moi.

  

Nous serpentons entre les concurrents pour retrouver nos potes de course : Cyril et son pote Thierry, Titi et Laurent. J’appelle Cyril sur son portable pour essayer de l’identifier  dans cette marée humaine. Ca y est il répond, ils sont tous les quatre dans la foule depuis déjà un bon moment près du grand écran. Je suis déçu je ne pourrais les rejoindre avec mon Valentin car la foule est trop dense. J’aurais aime franchir la ligne départ tous ensemble. Tous les givres ensemble. Mais bon une mauvaise organisation de notre part et nous nous retrouvons Valentin et moi tous les deux une trentaine de mètres derrière nos acolytes.

  

Un protocole, un peu long à mon sens, même si les pensées pour Dawa Sherpa et cet Ultra trailer mort sur les pentes du TMB lors d’un entraînement au mois d’août sont émouvantes, me fait trépigner sur place. Pratiquement huit mois de préparation, de douleurs, de joie, de crainte et j’y suis sur cette place que j’ai tant admirée au travers les DVD des éditions précédentes. Je regarde mon Valentin. Il est concentré. Je pense que lui aussi ça lui tarde que le départ soit lancé. Nous parlons très peu entre nous. Chacun de nous étant à la fois concentré mais aussi tendu par la crainte qui nous prends la à ce moment la. Nous ne savons pas encore dans quoi nous nous lançons. Nous l’imaginons mais nous ne savons pas encore. Avec Valentin, au mois d’octobre 2006, lorsque nous avions pris la décision de nous inscrire pour cette course nous nous étions dis un peu en rigolant : « Cette année c’est l’année ou on va se mettre minable. Mais alors bien. Vraiment minable !!! » On en riait à gorges déployées à l’époque mais on n’imaginait pas quel point nous avions raison.

  

L’organisation lance la musique du film Christophe Colomb de Vangelis. Cette musique nous hérisse le poil. La foule baisse un peu de ton. Un certain recueillement envahit chacun d’entre nous. Tout le monde savoure le moment présent. Elle augmente encore un peu plus le coté émotionnelle de cette course. Elle augmente aussi le coté aventure que chacun est venu chercher la. La mise en scène est parfaite. Je n’ai jamais ressenti cela avant aucune course. C’est fabuleux. Cette course est en puissance 10 dans tous les domaines. J’ai une pensée pour notre Titi qui est devant nous. Il sait qu’il ne finira pas et il est venu que pour ce départ. Il avait raison rien que pour ça vaut le détour.

 

Le départ va être lancé. Le speaker lance le décompte  10 … 9 … 8 … 7 … 6 …. 5 …. 3 … 2 … UN …. PAN !!!! Le départ est lancé. Je regarde le grand écran et je vois les favoris partir déjà sur les chapeaux de roues : Jacquerod, Delbarre, Olmo et les autres sont partis. Je vois parmi eux un hurluberlu : Henri Techer . Il fait parti de mes rencontres du stade Jean Guimier de Nanterre. Il est équipé comme pour un dix bornes en plein été. Juste un débardeur sur les épaules et son camel. Je me demande comment il fait. Il vit vraiment sur une autre planète celui la.

  

Valentin et moi nous essayons de ne pas nous quitter. Nous franchissons la ligne de  départ tous les deux. Le binôme est prêt pour en découdre avec le tour du Mont Blanc. Nous sommes fasciné par ce départ. Une telle ferveur autour de nous. Des spectateurs partout qui crient, qui nous souhaitent bonne chance. Certains versent même une larme sous l’émotion de ce départ.

Fusent un peu partout des « Allez Papa », « Allez mon amour » , « Vive Pascal » , « Bravo » et des « Vous êtes tous fous , bravo !!! ». Les flashs des appareils photos crépitent de partout, les caméras zooment sur chacun des concurrents pour immortaliser ce moment. Ce départ est fabuleux. Je suis content d’être la. La peur a disparu et est remplacée par le bonheur. Une pensée pour Rodolphe que je vais essayer d’emmener avec moi le plus loin possible durant cette course.

  

Nous traversons les rues piétonnières de Chamonix, la foule est très dense : impossible de courir pour le moment. Sur la droite, surgit d’un coup Julien, un des fils des Cyril qui etait la avec sa maman et Babeth, la femme de Laurent, et tout le reste de la troupe. J ’ai raté la troupe, juste entendu mon prénom en passant. Je m’arrête deux secondes, fais un bisou à Julien qui est a coté de moi lui demande de m’attendre à la ligne d’arrivée Dimanche matin.

  

Nous sommes enfin parti. Valentin est avec moi … Nous pouvons courir. La foule est encore dense mais les rues plus larges nous permettent enfin d’allonger la foulée. Nous sortons de Chamonix. La foule sur les bords de la route est encore présente. Enfin un arbre … Arrêt Pipi. Nous rencontrons Laurent. Comme quoi c’est vraiment lieu de rencontre les gogues. Nous apprenons que Thierry, Titi et Cyril sont déjà loin devant.

  

Que cela ne tienne la route est longue … longue. Très longue. On papaute gentiment avec Valentin. Le chemin vers les Houches est très agréable. Il est légèrement vallonné. Très roulant. Des que cela monte même un tout petit peu nous marchons. Nous commençons déjà à économiser nos forces. L’Utmb n’est pas une course de vitesse, en tout cas pour nous, mais plutôt une course d’usure. L’important est de tenir la distance. Valentin est pressé d’en découdre je le vois bien il est constamment devant moi et des qu’il ne regarde plus si je suis la il s’échappe : 10 mètres … 20 mètres … 50 mètres. Il se retourne et me voit derrière tranquille. Il m’attend. Il passera les 60 premiers kilomètres à m’attendre. Moi j’ai décidé que quoi qu’il arrive j’irais doucement. Largement en dessous de mon potentiel du moment. La course commence vraiment à Champex. Il faut déjà arrivé la bas. Après si nous avons encore du jus on essaiera d’accélérer. Pour le moment, il faut s’économiser et se préparer pour notre première nuit de course.

  

J’en profite pour faire quelques photos sur les glaciers qui descendent vers nous. Il faut immortaliser ça. Dans 20 ou 30 ans je pense qu’ils ne seront plus la. Le réchauffement climatique aidant. C’est dommage … c’est tellement majestueux ces glaciers. A moins que chacun  se disent que cette terre qui nous accueille nous ne la laissons pas en héritage à nos enfants mais qu’elle nous est plutôt prêtée par eux. Et comme on ne doit jamais détériorer quelque chose que l’on nous a prêté alors peut être que nous la sauverons.

  

Petits tronçons de route pour traverser les Houches. Je m’amuse d’une image sympa. Valentin avec son Camel bag au milieu d’une nuée de Camel Bag Quechua. Apparemment c’est le best seller de la journée. Il est partout..

  

Nous arrivons au premier ravitaillement : Les Houches (8 km). Nous prenons un verre d’eau et c’est reparti mon kiki. Nous n’avons repris personne encore de notre groupe et pourtant déjà 50 minutes de course. Décidément nous sommes vraiment prudents sur ce départ. Je décide de prendre des nouvelles de mon Cyril. Je l’appelle sur son portable. Apparemment, il est 200 mètres maxi devant nous. Je le préviens que nous arrivons. Les premières cotes apparaissent au pied du col de Volza. La d’un coup, j’aperçois sur le bas coté à gauche mon Titi. J’appelle Valentin encore parti devant moi mais qui ne l’a pas vu, la foule des concurent étant encore assez dense. Titi a déjà une ampoule. Ca promet d’être dur pour lui décidemment. Nous l’aidons à se soigner. Nous l’encourageons et nous revoilà parti direction le col de Volza. Nous rattrapons Cyril. Je suis content de le retrouver. Je vais pouvoir rester un petit moment avec lui. On papaute. On profite de ce moment privilégié. Lui a déjà sorti ses bâtons, comme Laurent que nous rattrapons presque en même temps.

  

Valentin et moi préférons attendre que la densité des concurrents soit moins importante. Nous pouvons monter à notre rythme en slalomant entre les utmbistes. Cyril décide de décrocher car il sent que notre rythme est trop soutenu pour lui. On se souhaite bon courage et a dimanche. Laurent reste avec nous légèrement en embuscade derrière nous. Il marche globalement à la même vitesse que nous. Je ne comprends pas pourquoi il ne nous rejoint pas avec Valentin. Peut être préfère t il s’isoler pour se concentrer sur son effort.

  

Enfin avec Valentin nous avançons d’un bon rythme remontant inlassablement les concurrents un a un. La nuit  tombe. Nous arrivons au col de Volza  après un peu plus de deux heures de course. Nous prenons quelques aliments dans nos poches et une bonne soupe chaude.

Nous sortons nos frontales et nous déplions enfin nos bâtons pour la descente  Ils ne nous quitteront plus maintenant jusqu'à la fin.

Nous croisons de nouveau notre Titi qui à du sauter le ravitaillement du col de Volza et qui etait déjà équipé. C’est un malin lui !!!  Il se plaint déjà de son épine calcanéenne. La descente promet d’être douloureuse pour lui. La descente vers les Contamines est très agréable. Elle n’est pas technique et est très roulante. Cette fois ci c’est moi qui suis passé devant. J’ouvre la voie. Valentin n’est jamais très sur en descente et préfère toujours quand je lui ouvre le chemin en descente. La course d’équipe suit son cours. Chacun avec ces qualités cherche à aider l’autre. J’aime vraiment l’état d’esprit dans lequel nous faisons cet Utmb. La rencontre de Valentin à l’AS Bazainville est vraiment quelque chose de fabuleux. Nous sommes globalement du même niveau. Nous aimons la compétition mais nous savons aussi ranger cet esprit pour partager d’autres choses pendant la course. Nous nous sommes découverts et nous avons appris à nous respecter en tant que coureur et en tant qu’homme. Une complicité à commencer à naître entre nous au fil des courses et là maintenant pendant cet Utmb, le binôme fonctionne pleinement.

  

Cette descente est charmante, dommage que nous soyons en pleine nuit. Les serpentins s’enchaînent. Nous sommes sur un balcon au milieu des sapins. Nous entendons sans les voir des torrents à chaque détour de chemin. D’un coup une odeur enivrante de champignon m’envahit. Je regarde en contrebas  avec ma frontale et je vois une multitude de cèpes perdus la au milieu de la montagne et cette pinède, n’attendant plus que moi pour les ramasser (Je suis un gros amateur de champignon). C’est quand même pas de chance autant de petits bouchons là en un coup et je n’ai pas le temps de la ramasser. J. Si j’avais sur je serais venu avec mon couteau et mon panier en osier. J

 

En parlant de bouchon, justement sur ce chemin ça bouchonne un peu devant. Le chemin est étroit,  les pluies, des jours précédents, alliées aux passages des autres concurrents ont rendu très glissant certain passage de la descente. De plus quelques premières douleurs à mon genou gauche commencent à apparaître. Depuis mon entorse à la cheville au mois de mai, ce genou a souffert et ne s’est jamais vraiment remis des efforts que je lui ai demandé de consentir. Ca promet un finish très douloureux pour lui et pour moi.J. Je suis plutôt ravi que cela ralentisse un peu. Ca permet de le soulager.

Le chemin s’élargit un peu, nous pouvons de nouveau courir. Nous entendons la musique et nous apercevons les lueurs de la ville. Nous approchons des Contamines. Quelques lacets encore et la une fête extraordinaire nous attend. Une foule nombreuse et chaleureuse nous acclame. Des volées des cloches savoyardes tintent à gauche, a droite. Des enfants, pas encore couchés malgré l’heure tardive et le froid de la nuit nous tendent la main. Je frappe dans leurs petites mains. Leur sourire en dit long. Ils sont contents de profiter de la fête eux aussi. Peut être des futur trailer.  J

  

Premier remplissage de Camel, après un peu moins de 4 heures  de course pour 25 kms. Décidément je ne bois pas assez. A peine deux litres d’eau. C’est peu. Mais le froid ne me donne pas envie de boire. Il faut se forcer.

Au ravitaillement, je me charge en coca, gâteaux salés et nous repartons sans perdre trop de temps avec valentin.

  

Ca descend encore. Puis ensuite un long plat ou nous alternons courses lentes et marches rapides plus pour soulager un peu les muscles que par volonté d’accélérer le pas. En tout cas pour moi. Valentin semble encore très frais aussi et semble vouloir accélérer. Moi je reste sur mes allures. Du coup le pauvre il s’oblige à m’attendre. En cumulé j’ai bien du lui faire perdre une heure pendant tout le temps ou j’ai couru avec lui. 

  

Maintenant l’objectif suivant c’est la Balme puis un finish sur le col du bonhomme. C’est la première véritable ascension et c’est la plus longue. Nous montons dans un chemin large mais très pentu. De larges rochers glissants rendent difficile l’ascension. J’observe à coté de moi un vétéran, sans bâtons qui semble avoir du mal quand cela devient très pentu mais qui sur les pentes moins raides et sur les plats, avance en marchant à une vitesse que je n’arrive pas a suivre. Il est impressionnant. J’apprendrais plus tard en le croisant le dimanche dans l’après midi, qu’il a effectivement terminé et qu’il arrivera deux heures avant Valentin, alors qu’il semblait en difficulté des que les pentes devenaient trop raides. Comme quoi il ne faut pas fier aux apparences. J

  

Nous croisons des gens qui descendent vers nous et qui nous encouragent. Des italiens essentiellement. Que font ils ici. Des randonneurs ? Des gens qui viennent voir la course ? Je ne sais pas mais ces encouragements au milieu de nul part, au milieu de la nuit et dans le froid me font chaud au cœur. Nous longeons aussi des gîtes d’altitude ou la fête bat son plein pour encourager les forcenés de l’Utmb. La bière semble couler à flot dans certains endroits et les effluves de Marie Jeanne par moment viennent me chatouiller les narines. A chacun son calvaire. J. Vivement que je finisse le mien que j’aille les rejoindre J

  

Apres deux heures d’ascension nous approchons de la Balme. Encore une épaule à passer. Nous la franchissons et nous arrivons sur le ravitaillement. De nouveau recherche d’une soupe chaude, de coca et de biscuit salés. Nous restons à peine 5 minutes comme prévu. Le froid nous transit rapidement  des que nous arrêtons notre périple. Il nous faut repartir au plus vite. La deuxième partie de l’ascension est longue, très longue, pentue … très pentue. J’avais lu que le passage vers la croix du bonhomme etait difficile. Je confirme que c’est dur. Je me concentre et je suis mon valentin. A mi chemin nous nous arrêtons et nous ajoutons une couche de vêtement à notre équipement. Le froid commence à me saisir. Plus nous montons, plus il fait froid. Nous croisons quelques névés. Pour le moment tout cela est supportable.

  

Nous arrivons enfin en haut du col, nous longeons les balcons qui sont très techniques et qui avec la fatigue qui commence son travail de sape ne sont pas une simple formalité à passer. Il faut être vigilant.

  

Démarre ensuite la descente vers Les Chapieux. Cette descente est délicate car les pluies des derniers jours et les parties techniques avec de belles ornières la rendent difficile. Je suis de nouveau passé devant Valentin pour ouvrir la voie. Je serre les dents car mon genou commence sérieusement  à me faire souffrir dans les descentes. Je vais tenir. C’est bon. Le genou je connais. J’ai vécu ça au TGV et c’est passé. Je sais gérer cette douleur et la sortir de ma tête.  Je ne descends pas trop vite par conséquent pour préserver mon genou et aussi pour ne pas laisser tout seul Valentin, qui je sais, descend moins vite dans les parties techniques.

  

Cette longue descente est ennuyeuse dans la nuit. Nous traversons quelques rus, nous évitons des rochers, et plutôt que de descendre dans certaines ornières, nous descendons à même la pente dans les alpages. C’est moins glissant. Nous enchaînons virages après virages dans cette interminable descente et soudain dans une ornière ma cheville part sur le coté et CRACCCCCC !!! Je fais un roulé boulé. Une superbe gamelle. Je vois au dessus de moi une multitude de lampe. Au moins 5 ou 6. Tout le monde me demande si ça va. Je dis que c’est bon. Ils repartent. Valentin est la à coté de moi. Il m’aide me mettre debout.  J’ai beaucoup de mal a me relever car j’ai terriblement mal a la cheville. J ’ai peur que cela sonne le glas de mes espoirs. Valentin me rassure comme il peut. Il entend mon désarroi. Je reste la deux bonnes minutes à essayer de reposer le pied au sol. Finalement, j’arrive à marcher de nouveau doucement puis plus vite et enfin à trotter doucement. La cheville est très douloureuse encore mais ça tiens. C’est bon, enfin de compte plus de peur que de mal. Malheureusement, je descends maintenant moins vite avec mes appuis moins surs et Valentin doit ouvrir le chemin dans la descente. Il n’aime pas trop ça.

Je commence à ronchonner a l’approche des Chapieux. Valentin me demande d’arrêter car lui aussi en a marre et ne veut surtout pas que je lui ruine le moral.J. Nous enchaînons les derniers lacets très roulants jusqu’au ravitaillement des Chapieux. 8h 30 de course déjà. Le moral est plutôt bon malgré ma chute et des débuts de douleurs à mon genou. Le petit quart d’heure de déprime suite à la chute est passé

  

A peine arrivé au ravitaillement, qui voit on surgir derrière nous et  qui nous fait un coucou avec son mp3 sur les oreilles : Laurent. Mais à peine arrivé, à peine aperçu .. Zou !! il est reparti.

Valentin et moi prenons le temps de remplir de nouveau nos camels bags. Nous nous arrêtons deux secondes pour prendre une soupe chaude de nouveau avec de pâtes. Cela  nous réchauffe et nous fait un bien fou. La température commence vraiment à descendre et la nous ne sommes que dans le creux de la vallée. Mais quelle va être la température en haut du col de la Seigne ? Je suis un peu inquiet à ce sujet mais bon je garde ces pensées pour moi. Valentin avait raison. La douceur de l’après midi à Chamonix n’a rien a voir avec les températures que nous rencontrons en pleine montagne. Il avait vu juste.

  

Nous repartons tambours battants. Un long faux plat montant. Je me retourne et j’ai perdu Valentin. Que s’est il passé. Je fais demi tour. Certains concurrents m’encourage à continuer la course pensant que j’abandonne. J. Ce n’est pas encore le cas, mais ça viendra. J. Je retrouve mon Valentin en train de résoudre un petit problème technique avec ses guêtres. Ouff !!!! Rien de bien grave. Et nous voila reparti. Nous faisons 500 mètres et nous retrouvons Laurent sur un banc en train de régler lui aussi un petit problème de rien du tout. Nous l’attendons un peu et il nous dit de repartir pour ne pas avoir froid. Il a raison. Nous devons repartir.

  

Il nous emboîte le pas pratiquement en même temps et nous rejoindra un kilomètre ou deux plus loin dans cette longue ascension qui est facile au début car sur la route. Nous marchons bien … même très bien. Nous ne cessons pas de rattraper des concurrents. La fatigue commence à faire des ravages dans les rangs de tous les utmbistes. Le froid aussi. Les problèmes gastriques apparaissent autour de nous. Valentin se sent des ailes et prends quelques mètres d’avance sur moi et part avec Laurent. Je les vois devant et préfère rester à mon rythme plutôt que d’accélérer pour les rattraper. Je reviendrais plus tard.

  

L’ascension devient beaucoup plus difficile maintenant. Les lacets apparaissent et la pente commence à être impressionnante. Je me retourne de temps en tems. Je vois un serpentin lumineux fait par le ballet des lampes frontales. C’est vraiment magnifique. Le silence qui entoure ce moment entrecoupé par la respiration concentrée de tous les concurrents augmente la magie de l’instant. C’est un moment unique. Il est près de 5 heures du mat et je suis la avec mes compères de courses au milieu d’un site majestueux a mettre un pied devant l’autre pour simplement la plaisir de réaliser mon exploit.

  

Je commence à avoir un peu faim.. Mais je me dis que le col est à portée de main et que je me restaurerais la haut. Je ne veux surtout pas casser mon rythme dans cette ascension interminable d’autant que je vois que je remonte tranquillement sur Laurent. Valentin doit être juste devant. C’est la que je vais faire ma plus belle erreur sur cette course. Je vais le payer cash dans quelques temps. J J J

  

J’arrive sur la fin de l’ascension, je suis avec Laurent et nous franchissons ensemble le sommet. Le jour se lève sur les montagnes il est 6 heures du mat. Avec la levée du jour,  la température me semble encore plus froide. L’humidité me tombe dessus aussi. Pourtant le ciel est bien dégagé. Ca promet d’être une belle journée. Le vent est important au passage du col. Il ne cessera pas pendant toute la descente jusqu’au Refuge Elisabetta.

Je suis avec Laurent et je le préviens que je ne vais pas bien car j’ai très froid. Mais je lui dis que ça va aller et qu’il avance je le rejoindrais plus tard.

En moins de 5 minutes je me sens vraiment frigorifié. Il faudrait que j’accélère dans la descente pour faire monter ma température mais je ne peux pas vraiment accélérer, mon genou devenant vraiment douloureux en descente m’handicape beaucoup.

Tous ces coureurs que j’ai doublés, me dépassent maintenant sans problème dans la descente.

Je perds pas mal ma lucidité car je ne bois plus et je ne mange toujours pas. Je ne fais que renforcer le problème. C’est ce que m’expliqueront les médecins après mon abandon. J’aurais du prendre le temps de manger plus sérieusement dans la montée afin d’éviter sûrement une hypoglycémie qui déclencha sûrement l’hypothermie dans laquelle je me trouve en cet instant. Je m’arrête pour me couvrir un peu plus. Je mets un bonnet, mes gants de ski de fond et un poncho pour m’en servir de coupe vent. Rien n’y fait. Je grelotte de l’intérieur. Je vais passer un coup de téléphone à Valentin pour le prévenir de ne pas m’attendre. Impossible de pianoter sur mon téléphone. Je tremble de tous mes membres. Certain concurrent s’arrête pour me demander si ils peuvent m’aider. Et après leur diagnostic tous arrivent à la conclusion qu’il me faut rallier au plus vite le refuge Elisabetta pour me refaire la cerise au chaud. Ils m’encouragent à résister. Le jour arrive avec le soleil et il devrait me réchauffer. Mais la le moral en a pris un sérieux coup. Je n’ai qu’une envie : ABANDONNER. Je veux que cela s’arrête. Maintenant.

  

J’arrive tant bien que mal au ravitaillement du Refuge Elisabetta. J’annonce d’entrée que je veux abandonner car j’ai trop froid. Je tremble de tous mes membres et je claque des dents.

Le médecin qui me prend en charge me demande si je suis sur et me conseille d’aller me réchauffer une demi heure dans la tente médicale et de faire un point après. Mais le mental a lâché. Je ne veux plus continuer. C’est trop insupportable et je  ne suis qu’a 60 km de course. Il m’en reste encore une centaine. Je me dis que jamais je ne pourrais finir. Et je lui confirme mon abandon. Il me dit une seconde fois que je devrais prendre le temps de me réchauffer avec de décider d’abandonner. Je lui confirme de nouveau mon abandon. Il découpe mon dossard. Ce geste est autant une souffrance qu’une délivrance.

  

Je me dirige avec le médecin sous la tente médicale, il me donne une couverture et un café chaud. Je discute avec d’autres concurrents ici, qui comme moi, ont abandonné pour cause de froid. Au bout de 20 minutes je me sens de nouveau très bien. Il avait raison le médecin. J’ai pris ma décision trop hâtivement. C’etait vraiment pas grand-chose. Ce qui est a retenir pour moi c’est que je dois travailler un peu plus mon mental pour les prochaines éditions. Déjà au TGV cela avait failli flancher avant la montée vers le col de Chaviere. Cette fois ci c’etait un coup de chaud. J Décidément faut que j’apprenne à gérer les températures. C’etait une première alerte. Maintenant je sais. Je sais la où je pêche. Je sais la où je dois travailler. Et ça c’est un travail personnel.

  

Des que je retrouve un peu de  ma lucidité, j’ai une pensée pour Valentin. J’envoie un SMS à tout le monde pour les prévenir de mon abandon. J’espère que ça va tenir pour lui.

  

Je me fais redescendre à Courmayeur par la Guardia Civil. Je me change. Rencontre Patrick Germain un des coureurs de Nanterre qui semble en pleine forme et qui fait un arrêt express a Courmayeur. Puis Alain Tran, toujours de Jean Guimier, qui me demande si je vais bien. Je lui annonce les raisons de mon abandon et  il me dit qu’il comprend car il a connu souvent ça. Il me confirme que pour lui aussi c’est un vrai problème d’alimentation pendant la course qui est à l’origine de mon abandon par hypothermie. Fallait le dire que cela n’etait pas une course mais une grosse bouffe entre potes qu’il fallait faire. J J Je serais venu avec de la choucroute. J A ça je suis très fort, le tout c’est qu’il faut prévenir merde !!! J. Je comprends mieux pourquoi sur les ravitaillements, il y avait de la bière de temps en temps, c’etait pour faire ripaille. J . Dans le forum personne ne parlait de la grosse bouffe J

  

Thierry me rejoint à Courmayeur. Nous attendons l’arrivée de notre HEROS. Il arrive tranquillou et plutôt dans de bonnes conditions à Courmayeur. Il semble bien. Il est 9.45 du matin et la température est hyper agréable. Ils avaient raison les autres concurrents. J’avais moins d’une heure à résister au froid et après j’étais tranquille jusqu'à la prochaine nuit.

  

Avec Thierry, nous nous transformons en fervent supporter de notre Valentin et grâce à nos dossards, même déchirés, nous rentrons dans la base de vie de Courmayeur et nous devenons l’assistance du champion. Il se change. Je vais chercher à manger. Nous rangeons ses sacs. Nous sortons ses affaires. Laurent nous rejoint. Quelques mots. Son moral est bon. Se change très rapidement. Se ravitaille avec un lance-pierre et repart avant Valentin qui prend un peu plus son temps. Valentin semble lui aussi très bien. Il est très concentré sur son effort. Il a l’œil du tigre. Avec Thierry nous l’encourageons et le voila reparti dans la poursuite de son exploit.

  

Apres avoir essayé de le voir au grand col Ferret, et sans avoir trouvé le chemin d’accès, nous décidons de revenir sur Chamonix. Plus d’une heure d’attente pour arriver au tunnel. Quelle merde ce truc. Du coup arrivé à Chamonix c’est restaurant pour les deux rescapés. Puis attente des trois premiers de la course. Dans l’ordre ; Marco OLMO, Csaba NEMETH, Vincent DELEBARRE.

  

La décision est prise ensuite avec Thierry d’essayer de voir au maximum notre Valentin. Alors direction La Suisse et plus particulièrement le ravitaillement de La Fouly. La météo a changé depuis notre départ de Chamonix. Il pleut sur La Suisse. Ca ne va pas améliorer les conditions de courses. Nous ratons de 10 minutes le départ de Valentin de La Fouly malgré la course d’orientation de Titi Navigator. C’est dommage car il avait été efficace et il n’a pas été récompensé de ces efforts. 

  

Ce n’est pas grave. Direction le ravitaillement suivant : Praz de fort.

La on se planque on détour d’un vielle bâtisse dans le village pour voir passer les concurrents. Ca caille dur et ça pleut. Nous restons au chaud dans la voiture. Après 30 minutes d’attente, nous sommes récompensés, le voila. Il semble tout surpris de nous voir ici. Mais apparemment ça lui fait du bien. Notre Valentin commence a être fatigué, c’est normal, mais tout semble allez bien. Il ne court plus mais marche à vive allure. Le geste est sur et volontaire. C’est l’essentiel. On le retrouve encore un peu plus loin à l’entrée d’un autre village. Thierry déchaîné tel un tifosi court vers lui. Prends des photos dans tous les sens. Je regarde la scène d’un peu plus loin admiratif de l’exploit qui est train de se réaliser. Je ne peux pas courir et bouger aussi vite de Thierry, mon genou est bien trop douloureux. Au passage de Valentin à cet endroit, je m’approche de lui pour le féliciter et l’encourager encore.

Je suis pris d’une émotion terrible en le voyant. Je suis fier de lui. J’espère qu’il tiendra.

 

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Publié dans CR de courses

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