RONDE DU GOURG DENFER A BOZOULS (AVEYRON)
A LA RENCONTRE DE REGIS ET DIEUDONNE
« Y a une belle course à Bozouls le 7 Août, on peut se
retrouver là-bas, tu peux venir aussi à Marcillac,
auparavant dans la journée. » Au bout du fil, Régis
Lacombe
est spontanément avenant et chaleureux. On se
connaît depuis deux ans, le hasard a bien fait les
choses. En vacances dans l’Aveyron, nous nous
retrouvons ce jour-là, Laurence et moi, en sa
compagnie. Avec comme invité de marque : le Rwandais
Dieudonné Disi.
Régis et Dieudonné, deux coureurs de haut niveau, aux
destins croisés, avec deux points communs : la passion
et l’humilité.
Rencontre lors d’une course à pied au parcours
pittoresque et spectaculaire.
Marcillac, 1530 habitants, au cœur d’un vallon. Son
vin d’appelation d’origine contrôlée et sa terre
rouge en font sa renommée. Depuis quelques années, ce
coin charmant, au nord de Rodez, est aussi connu par
le sport. Chaque premier samedi de septembre est
organisée une corrida par un homme passionné et
attachant. Régis Lacombe nous reçoit chez lui au
collège Kervallon. Chef cuisinier, il prépare matin et
soir les repas de plusieurs dizaines d’élèves,
externes et internes. A la cuisine s’est greffée une
seconde passion au fil des ans: la course à pied.
Régis s’est révélé aussi doué de ses pieds que de ses
mains : marathonien chevronné de niveau national
(régulièrement entre 2H25 et 2H30), il a remporté l’an
dernier la plus belle victoire de sa carrière lors des
100 kilomètres de Millau, pour sa première tentative
sur cette distance dite « ultra ». Dans son salon, il
nous montre coupures de presse et autres lettres de
félicitation. Cette course était devenue une obsession
pour ce pur aveyronnais. Natif de Najac, il y a
quarante ans, fils d’agriculteurs, Régis a grandi avec
cette course mythique. Le 23 septembre dernier, il
pointe en 7ème position à mi-course. L’orage éclate et
sous une pluie battante, il remonte, un à un, tous ses
adversaires pour terminer seul en 7h23, un temps
excellent sur ce parcours vallonné. A l’arrivée, dans
le gymnase du parc de la Victoire à Millau, le public
lui réserve un accueil qui restera longtemps gravé
dans sa mémoire : « il y avait mille personnes et j’ai
eu le droit à dix minutes de standing ovation ».
La reconnaissance est à la hauteur de ses sacrifices.
8 à 10 entraînements par semaine, cela laisse peu de
temps libre à côté. Cette année, il termine 4ème au
marathon de Cheverny en 2h28 et vice-champion de
France du 100 km à Chavagnes en Paillers (Vendée) en
6h55. Cette dernière course lui assure la sélection,
pour la première fois, en équipe de France lors des
prochains mondiaux du 100 km le 8 septembre à
Winchoften (Pays-Bas).
Mais il tempère : « à la longue, je deviens redevable
de tels résultats, vis-à-vis de la Fédération, les
sponsors. C’est parfois pesant par moment car mes
conditions de travail et d’entraînement sont
difficiles pour espérer me maintenir à ce niveau. Tout
dépendra de l’issue de cette prochaine course. » Avec
l’espoir d’obtenir un aménagement plus favorable de
son temps de travail.
J’avais découvert en lui une autre passion : l’Afrique
de l’Est. Il y a cinq ans, il visite un ami au Rwanda
et rencontre des coureurs locaux. Depuis, plusieurs
athlètes du Rwanda peuvent exercer leur talent en
Europe, quelques mois dans l’année.
Dieudonné Disi en fait partie. A 26 ans, il fut déjà
finaliste sur 10 000 mètres aux Jeux Olympiques
d’Athènes en 2004 et prépare actuellement le 5000
mètres des prochains championnats de monde
d’athlétisme à Osaka, fin août, au Japon. Pourquoi
venir en Europe ? « il n’y aucune course organisée
dans mon pays. J’ai perdu toute ma famille lors de la
guerre civile ». La course à pied est son gagne pain.
Sa motivation pour courir en compétition diffère un
peu du coureur lambda. Tels l’Australien Ron Clarke et
l’Ethiopien Abebe Bikila, les deux coureurs phares des
années 1960, deux conceptions de la course à pied: le
premier court en gros pour le plaisir, le second pour
sa survie. Ceci explique en bonne partie les résultats
probants, au plus haut niveau, des coureurs de fond et
demi-fond africains.
Dieudonné est le meilleur coureur de son pays et
attend une juste récompense dans les années à venir :
une médaille dans un grand championnat et une victoire
sur marathon. Il vient de terminer récemment deuxième
à la classique Marvejols -Mende.
En fin d’après-midi, nous rejoignons Bozouls, non loin
de Marcillac, pour une course de 15 kilomètres, la
Ronde du Gourg d’Enfer. C’est la course au village,
épreuve typique lors des mois estivaux. « C’est un
parcours difficile, l’équivalent en dépense d’énergie
à un semi-marathon ! » prévient Régis. Je m’échauffe
avec les deux têtes d’affiche du jour. Dans la galaxie
course à pied, nous ne sommes pas sur la même planète.
Sauf à l’échauffement. La course, c’est une autre
histoire.
Le parcours est vallonné (400 mètres de dénivelé),
exigeant, mi sentiers, mi route, avec notamment deux
longues côtes sévères et deux dégringolades
vertigineuses, dont une par des escaliers. Le final
est inédit : les deux cents vingt participants doivent
descendre dans un trou (le Gourg), au milieu d’un
canyon naturel, creusé dans le calcaire tendre du
causse. 400 mètres de diamètre, 100 mètres de
profondeur, au pied du village, le site géologique est
surprenant. D’en bas, on aperçoit les spectateurs
juchés au bord de la falaise, avant la remontée
finale.
Aux avants postes, tel un dragster, Dieudonné, poussé
dans ses retranchements, en début de course, par deux
athlètes marocains, bat le record de l’épreuve, en un
peu moins de 47 minutes. Régis termine 3ème en
52’45’’. Bien dans le rythme une bonne partie du temps
sauf dans la principale côte, peu avant la mi-course,
je finis autour de la 55ème place en 1H07, satisfait
d’une belle sortie athlétique en plein mois d’août.
L’aligot du soir, partagé avec nos compagnes
respectives, clôture cette mémorable journée. Après le marathon des burons dans l’Aubrac en juin dernier,l’Aveyron, pays des grands espaces, est définitivement pour moi une terre de rencontres, d’aventure et
d’émotions.
Alexandre Delore
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