récit marathon d'Annecy 2008
MARATHON D’ANNECY 2008:
ENTRE LAC ET MONTAGNE,
UN GRAND MOMENT PARTAGE
« Si tu veux courir, cours un kilomètre, si tu veux changer ta vie, cours un marathon »
Emile ZATOPEK
La course à pied doit beaucoup au Tchécoslovaque Emile Zatopek, grand coureur de fond des années 1950, pour avoir susciter tant de vocations. Le marathon est une épreuve particulière où les coureurs se donnent souvent rendez-vous avec eux-mêmes et y mettent beaucoup de motivation et un niveau d’investissement important dans leur préparation.
Alors, en ce 13 avril, à Annecy, la récompense est déjà d’être au départ de mon 7ème marathon, après plusieurs mois d’entraînements parfois ingrats. Ce matin, le ciel est bleu azur, les sommets enneigés. Le cadre naturel est donc idéal pour parcourir les 42km 195m de ce marathon, en bonne partie sur la piste cyclable qui longe le lac, un des plus beaux d’Europe. Et encore une fois, ce genre de course sur route est l’occasion d’un grand moment partagé : mon fidèle ami Eric Lefebvre, de l’AS Mantaise (mon ancien club), est venu spécialement des Yvelines avec un de ses amis, Carlos Henrique. Jacques Soulier, précieux compagnon d’entraînement du Club Athlétique de Bellegarde (CAB), est également de la partie, ainsi que des proches et supporters du CAB. Davantage qu’une simple course, c’est une tranche de vie où les valeurs du marathon prennent tout leur sens.
Ces valeurs restent attachées à la volonté, à l’organisation, à la ténacité, à une bonne gestion du temps, de l’humilité et de la patience. La veille de la course, Laurence, ma fiancée, Eric, Carlos et moi sommes réunis pour les derniers préparatifs : repas à base de féculents, discussion du genre « on refait le monde » et petite ballade d’oxygénation sur la Voie du Tram pour contempler le beau panorama autour de Bellegarde sur Valserine. Le lendemain à la fraîche, au milieu de 1600 marathoniens, Eric, Jacques et moi avons fixé notre tableau de marche : passage tous les km en 4m15s environ, afin de boucler les 42km195m en plus ou moins 3heures. Pour cela, il a fallu enchaîner plusieurs semaines d’entraînement à base d’endurance, de vitesse maximale aérobie et d’allure marathon. Le plan d’entraînement concocté par Rodolphe Jacottin, coureur-entraîneur émérite de l’AS Bazainville (Yvelines), a été bien
digéré par nos organismes.
PAYSAGE DE CARTE POSTALE
Les premiers kilomètres sont conformes à nos prévisions. Après un tour dans le centre-ville et l’Esplanade du Pâquier, lieu d’arrivée de la course, nous empruntons des quais fleuris pleins de charme. Vient ensuite cette fameuse piste cyclable, en bordure du lac, à parcourir en aller-retour. Nous restons tous les trois groupés. Je jette, par moment, un œil furtif sur la beauté de l’eau qui scintille grâce à un soleil printanier. Un vrai paysage de carte postale !
Pas étonnant que ce marathon soit plébiscité, à juste titre, par nombre de marathoniens de France et de Navarre.
Les organisateurs ont bien communiqué sur l’événement et développent des actions concrètes comme la sensibilisation à l’environnement. Certes, c’est un sujet tendance mais l’idée de limiter la dispersion des déchets sur le parcours semble trouver un bon écho. Au départ, Eric et moi arborons un autocollant sur notre dossard « je respecte l’environnement », distribué à qui souhaite contribuer à cette action citoyenne. Ainsi, à chaque ravitaillement, tous les 5 km, plusieurs poubelles sont disséminées pour jeter bouteilles d’eau en plastique, gobelets et autres emballages de gels énergétiques. Cette initiative est bonne mais a ses limites, car les poubelles sont confinées dans un petit périmètre, juste après le ravitaillement, alors que certains coureurs comme moi prennent le temps de boire avant de se débarrasser de la bouteille d’eau, devenue encombrante. Je suis fautif mais je fais attention à ne pas la jeter
n’importe où. Comment faire autrement ? Pour les emballages de gels énergétiques, pas d‘excuse, j’en consomme un tous les 10 km, avant le ravitaillement, puis direction poubelle ou la poche arrière de mon shirt. Et pourtant, quelques uns de ces déchets, moins encombrants qu‘une bouteille, jonchent le parcours. C’est dommage… Tout cela donne à réfléchir sur notre comportement éco-citoyen.
Les incontestables plus de cette course sont le prénom inscrit sur chaque dossard des coureurs, les orchestres de jazz qui rythment nos foulées et les sonneurs de cloches dans le plus pur style savoyard. Résultat : les encouragements du public fusent, mêlés de respect et d’admiration pour les mangeurs de bitume. Un vrai supplément d’âme…
14 kilomètres en une heure, notre allure marathon est respectée. Le meneur d’allure des 3 heures est dans notre ligne de mire. Je me sens bien, un peu sur la réserve quand même. Au fil des temps de passage, je comprends que nous perdons un peu de temps. Excès de prudence ? Jusqu’ici, je n’ai pratiquement pas relayé. Au 19ème km, je desserre le frein à main et me porte en tête de notre petit groupe. Certes, quelques faux plats jalonnent le parcours mais rien pour ralentir franchement notre marche en avant. 1h30m 45s :c’est le temps de passage à mi-course. C’est ma première partie de marathon la plus lente jamais courue. Je comprends alors que ce n’est pas aujourd’hui que je recourrai le marathon en moins de 3 heures. Ce que l’on appelle le « négative split », courir une seconde partie de course plus vite que la première, est réservé aux coureurs de haut niveau. Et pourtant, je me sens vraiment bien. Etrange, ce début
de course !
Arrivé à Doussard, près de Saint-Jorioz, nous entamons le sens retour de la piste cyclable. Déjà, à l’aller, nous avons croisé les coureurs de tête dont le futur vainqueur, le Kenyan Julius Maritim, qui établit à cette occasion le record de l’épreuve en 2h14m. Maintenant, c’est le cœur du peloton qui défile sous nos yeux, des anonymes tous aussi méritants les uns comme les autres. Les encouragements sont réciproques. Nous atteignons les 2heures de course et 28 km au compteur. Jusqu’ici ensemble tous les trois, Jacques faiblit de temps à autre, se reprend puis revient. Après la traversée d’un tunnel, peu avant le 30ème km, il décroche, s’arrête au ravitaillement pour étirer un mollet, trahi par une crampe. Il s’est pourtant bien hydraté. Jacques repart ensuite à son rythme sans s’occuper de nous.
L’ACCELERATION DE TROP ?
Au 30ème kilomètre, passé en 2h08m, je commence à imposer mon allure. Eric est toujours là. C’est le grand moment de la course, la concentration est maximale. Au 33ème km, Eric, sentant que j’ai des fourmis dans les jambes, me confie: « si tu te sens bien, vas-y, ne m’attends pas ». Je ne me fis plus au tableau de marche et décide d’accélérer. Peu avant ce démarrage, Eric, un peu défaitiste, me dit que si l’on fait moins de 3h05m, ce sera bien. Je tente alors, au panache, le tout pour le tout.
Rarement je ne me suis senti aussi à l’aise à ce moment d’un marathon. Plus de 2h20 d’efforts continus. L’état de grâce est un moment rare et fugace. Et de courte durée. Je rattrape plusieurs coureurs en difficulté dont Christine Denis Billet, une spécialiste des 100 km. Au passage des 35ème km (2h31) je suis sur les bases de 3h02m-3h03m. C’est encourageant. Je me ravitaille une dernière fois, prend un gel énergétique à base de glucose, dont le nom me laisse perplexe : « Coup de fouet ». Ce fameux coup de fouet, je l’attends encore ! Car après m’être pris pour Speedy Gonzalez, fini l’escapade solitaire. A 5 km de l’arrivée, je commence à piocher. Mon ombre s’étire sur le sol. Le marathon n’est -elle pas une course de vitesse et de résistance ? Résistance à la douleur, caractérisée par l’afflux d’acide lactique et de toxines dans les jambes. Dans mon for intérieur, je sens que cela revient de derrière.
Après avoir pris 150 à 200 m d’avance sur lui, Eric revient à ma hauteur à l’amorce du 39ème kilomètre. Mes pas se font de plus en plus lourds, tandis que la foulée feutrée d’Eric semble effleurer l’asphalte. Après quelques centaines de mètres côte à côte, je me résout à le laisser terminer seul. Finir main dans la main comme en 2006 lors du marathon Seine-Eure, ce sera pour une autre fois. Il n’a jamais vraiment accéléré durant la course. Il a su maintenir une allure constante, c’est-à-dire l’allure marathon, autour de 14km à l’heure. Eric est un véritable métronome et un ascète de la course à pied : il ne laisse rien au hasard durant la préparation d’une telle distance. Mieux, plus c’est long, plus Eric semble à son aise.
FINAL GRANDIOSE
Je ne renonce pourtant pas. Les encouragements du public boostent n’importe quel bipède de la route. Au 40ème km, Laurence, ma bien-aimée, est là en compagnie de sa meilleure amie, Jessica Fournier et son compagnon, Jean-Luc Tuduri. Tous les trois sont venus spécialement pour me voir, alors pas question de les décevoir. Clap photo, encouragements, cela fait chaud au cœur.
Le final sur l’Esplanade du Pâquier est à la fois grandiose et interminable. C’est la foule des grands jours. A l’amorce du dernier kilomètre, je viens de passer la barre des trois heures, les coureurs du CAB, qui courent l’après-midi le semi-marathon, sont là pour s’époumoner pour les deux marathoniens de Bellegarde. Avec Jacques Soulier, on s’imaginait à l’entraînement une arrivée commune. J’espère que ce n’est que partie remise.
L’arrivée a lieu sur une allée de verdure, face au lac d’Annecy. La ligne franchie, en 3h03m, est synonyme de délivrance. Je savoure ce moment. Toutes les heures d’entraînement hivernales ont porté leurs fruits en ce début de printemps. Je me suis bien battu, c’est l’essentiel. Je ne cours pas seulement après le chronomètre mais aussi pour quelque chose de plus profond :une quête de soi, un besoin d’harmonie avec soi-même, les autres et la nature. Courir est un geste simple et naturel pour l’être humain.: peu de contrainte matériel, juste une paire de basket et de la volonté…
Arrivé en 3h02, Eric est satisfait. On se congratule. Nous avons réalisé une superbe deuxième partie de course. Jacques Soulier et Carlos Henrique terminent ensemble en 3h17m. Chacun a donné le meilleur de lui-même.
Une organisation sans faille, un parcours attractif dans un décor idyllique, un scénario à rebondissement, un final étourdissant, la communion des coureurs avec les spectateurs, je ne suis pas prêt d’oublier ce marathon « coup de coeur ».
Prochaine grande course, fin juin, dans l’Aveyron, « into the wild » (clin d’œil au beau film de Sean Penn), en pleine nature, pour les 40 ans de mon frère. Mais ce sera une autre histoire…
P.S. : une superbe vidéo de deux minutes, qui résume l’ambiance de la course, est consultable sur marathon-annecy.com
Alexandre DELORE
Licencié au Club Athlétique de Bellegarde
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