100 KM de Belves ...
... Comment résumer ?
Extra-ordinaire, même pour un « 100 bornes ».
Allez, je vais droit au but : regardez le profil de la course et tout est dit.
Ah, non, j'oubliais :
Rajouter à cette information les conditions météos :
26°C à l'ombre ... ...sans ombre !
(allègrement les 40°C au soleil), et vous obtenez un cocktail fatal pour le moral !
Au moins pour le mien ...
Sale temps pour les gros !!! (Et je parle pour moi).
Mais commençons par le commencement :
Départ théorique pour 14h de chez Valentin (région de Pontchartrain, Yvelines).
Je commence la tournée de ramassage des athlètes (c'est moi qui est le véhicule) quand le portable sonne : « Tien c'est Titi ! » :
« Eric ?, ouai, bon, ben, vous ne m'attendez pas, j'ai encore 4 clients à livrer et je suis encore dans l'Essonne ! J'irais tout seul !!! En..ler de tournée ... » et patati et patata ! Je n'arrive pas à en placer une et décide donc de finir la tournée de ramassage (Cyril puis Valentin).
Réunion du conseil chez Valentin :
Pierrick nous avait abandonné pour raison médicale (on vérifiera l'exactitude des faits plus tard) et voila que Titi envisageait de faire la route tout seul après sa journée de livraison !
A l'unanimité : hors de question !!! On va aller le chercher direct à son entrepôt et « gagner » ainsi une petite heure de trajet (aller/retour).
Bilan de l'opération : nous ne partirons qu'à 16h15 de Trappes direction le Périgord...
Les ralentissements de la N10 (jusqu'à Ablis) et la colère de Titi passés, le trajet se fera très sereinement. Je vous laisse en juger :
Nous prendrons le temps de prévenir le gite de notre retard et d'une arrivée calculée par le GPS pour 22h. Le groupe de notre vénéré coatch devait nous y retrouver pour manger avec nous.
Ils commenceront sans nous pour se donner un peu plus de repos, pour la course.
Le GPS annonce : « prendre la prochaine sortie dans ... » et plus rien !!!
Cette satanée technologie nous lâche et nous écrit « zone non cartographiée ». En langage humain : « vous êtes perdu, débrouillez vous tout seul » (et je reste poli).
Valentin hésite quelques secondes et c'est le drame ... ... nous sortirons à la sortie d'après et improviserons jusqu'à ce que cette satanée voix féminine nous redonne des indications de direction.
Nous arriverons à bon port à 22h30. Tout le monde est au dessert et nous nous faisons tout petits pour ne pas nous faire remarquer d'avantage.
SUPERBE adresse, gite sympa, repas de qualité (et à volonté) et des gérants ADORABLES !
Une adresse à ne pas manquer si vous passez dans le Périgord noir (écrivez nous, on vous fera parvenir leur coordonnées).
Ils nous expliqueront que la portion de voie rapide où nous étions perdu est toute récente et que les GPS ne la connaissent pas (pas encore) ...
La nuit restera calme et efficace (5 h de sommeil).
Direction le départ sur Belvès. Notre chauffeur, toujours Valentin, nous dégote une place de choix (à 150 m de l'arrivée, ce qui aura toute sont importance plus tard).
Après les formalités et les rituels de chacun, il est presque 8h et la voiture annonce déjà 16°C (à l'ombre, le soleil pointe à peine son nez). Une petit photo de groupe (vous pourrez remarquer que seulement trois gugus ont respectés les consignes initiales du coatch, à savoir : porter le tee-shirt de « finisher » de l'Eco-trail pour être identifiable ...).
Nous rejoignons enfin tous les autres furieux pour le départ.
On nous annonce 513 partants pour le 100 Km ...
Rodolphe s'envole avec les cinq premiers, Valentin nous abandonne dans une superbe foulée. Nous (Titi, Cyril et moi) dévalons les premiers kilomètres bien trop rapidement, mais la descente nous fausse nos rythmes tant travaillés. Cyril, après m'avoir averti au moins deux fois « on va trop vite, Eric », « Eric, à ce rythme, on va exploser », me laisse prendre quelques mètres d'avance, ne me fiant qu'à mes sensations.
Première erreur : on n'est pas dans un Trail, ne pas gérer avec ses sensations.
A partir de là, je suis tout seul !
1ère Dédicace :
À Anne B., mon accompagnatrice pour Chavagne (l'année dernière) :
« Bon sens que tu m'as manqué !!! »
« Mais pourquoi je n'ais pas insisté plus que ça pour que tu me suives sur cette épreuve ??? »
Je n'ai jamais autant compris à quoi pouvait servir un accompagnateur sur ce type d'épreuve que depuis ce week-end ...
Anne B., je te préviens : « plus jamais, tu ne m'abandonnes de la sorte » (ça c'est pour la faire culpabiliser un peu).
Sans oublier la fierté de me pavaner, accompagné d'une créature de rêve rien que pour moi ... (j'ai des photos pour prouver mes propos). Cyril en aurait bavé tout le parcours ...
Retour à la course :
Les 20 premiers se font sans doute, sans crainte, en admirant le paysage magnifique, les maisons troglodytes, le bord de la Dordogne, etc., etc. (Je passe le 20ème en 1h45, comme sur l'Eco-Trail)...
Et, petit à petit, le premier doute apparait : une vieille douleur, de trois ans, (tendon rotulien) se manifeste dans les montés et nous venons tout juste de franchir les 25 premiers Kilomètres.
Problème : ça monte tout le temps, au point que je ne comprends pas comment est faite cette région.
Ravitos, après ravitos, j'avance quand même ...
Et soudain, je sens une main se poser délicatement sur mon postérieur (ne soyez pas jalouse, mesdames, c'est un geste respectueux en course à pied) accompagné d'un mot tendre, car je suis en train de marcher (dans les montés trop prononcés pour économiser ce genou qui me tiraille) :
« Aller Eric, on est bien dans le timming ».
J'explique très brièvement à Cyril que la galère commence pour moi et qu'il doit vivre sa course sans se soucier de mes traquas.
On est au 40ème !
Je n'ai pas fini d'en baver, car j'ai bien compris que le parcours ne me donnera pas l'espoir de pouvoir gambader sur du plat pour éviter de tirer sur ce tendon.
Cyril s'en va, tranquillement, pendant que je marche avec les accompagnateurs qui poussent leur vélos en pensant déjà à l'effort qu'ils devront fournir pour rattraper leur coureur avant la prochaine « grimpette ».
« Mais quand est ce que ça s'arrête de monter ? Vivement le retour, on devra bien le redescendre à un moment ou à un autre ... » Si mes souvenirs sont exacts, je passe le marathon aux alentours de 3h55/4h00.
2ème erreur :
Croire que le retour sera plus facile ...
Finalement, j'arrive au 50 (4h50)!
Et là !!!
LE choc : Rodolphe est assis sur le bas coté et m'encourage !
Je n'entendais même pas ce qu'il me dit, trop de question se bousculent dans ma caboche ...
Heureusement que Sandra scande mon prénom pour détourner mon attention. J'étais à quelques dixièmes de secondes de faire demi-tour pour avoir une explication (peut être même d'abandonner)...
2ème dédicace :
A Sandra L, une collègue de boulot, en vacance sur Sarlat :
« MERCI, Sandra, MERCI ! »
(Et par la même occasion, à tous ceux qui nous ont encouragés tout au long de la course)
Tu n'imagines pas le bien que ça fait de partager ses moments là !
Et encore pardon de m'être honteusement planté sur nos horaires approximatifs de passage (j'avais calculé avec un départ à 7h au lieu du 8h réel) : elle aura passée, avec Mathis, son boutd'chou, deux heures, en plein cagnard, pour nous balancer deux ou trois mots d'encouragement (je lui avait glissé les N° de dossard et les prénoms des autres givrés).
Mais qu'est ce qu'ils font comme bien, ces mots là !!!
Encore merci !!!
ET on continue, mais là, la caboche mouline dure, plus vite que mes jambes. Même si je suis surpris de constater que les jambes vont bien (hormis le genou gauche qui a définitivement atteint un certain seuil de douleur, maitrisé par de l'aspirine à croquer).
Le doute est maintenant sur la capacité à tenir la distance sans rompre (le chirurgien qui m'avait fait ma révision m'avait prévenu : « il ne vous reste que 30% de votre tendons d'origine, ne jouez pas au super héros, même si j'ai fait du bon boulot »).
Ca monte, encore et toujours !
Je désespère ...
Le coup fatal : après avoir croisé la voiture balai (3 ou 4 Km plus tôt), je croise à nouveau des concurrents ! J'interpelle « Jean », un autre galérien mais qui connait le 100 de Belvès et j'apprends :
« Non, c'est normal, on fait une boucle de 8 bornes avant de revenir sur nos pas et d'attaquer le retour proprement dit ! »
Je peux vous dire que celle là m'a fait mal !
Mais bon, avec un peu plus de lucidité, il me suffisait de regarder mon GPS pour constater qu'il restait encore un peu plus de 30 bornes. C'est dans cette boucle que je jette un œil sur le mouchard : je passe le 70ème en 7h03 ! C'est d'ores et déjà foutu pour passer sous les 10h ...
... même si il y déjà quelques dizaines de kilomètres que je ne fais plus de plan de course.
Après ? Les jambes s'en mêleront aux alentours des 75 Km ...
LE mal aux jambes que nous connaissons tous.
Je n'ai plus envie de courir, pas par douleur. Non, plus envie !
C'est la première fois que j'ai cette sensation très désagréable !
A partir de là, je me rapprocherais de la ligne d'arrivée que par à-coup (je cours 3 km, je marche 200 m et je recommence jusqu'au ravito d'après). Le soleil n'aide pas et j'use des dizaines de litres d'eau à m'asperger. Plus faim, même plus soif ! La raison me résigne à m'alimenter et à boire sans envies.
Et là !!!
Téléphone : Mon Titi appelle (je m'aperçois en même temps que j'ai des textos ...)
« Eric, t'es où, j'ai abandonné, j'suis à l'arrivée et je n'ais vu, ni Valentin, ni Cyril, alors que j'ai vu tout le monde passé depuis le premier ! »
Je m'effondre, en larme, en lui expliquant ma situation. Il me réconforte et je consulte mes messages.
C'est GG (la givrette, resté sur la région Parisienne pour cause de boulot) qui m'avait écrit que des bonnes choses...
... je répands encore quelques larmes et là, c'est décidé, je dois finir cette épreuve au plus tôt, écourter cette mascarade. Et les autres (Cyril et Valentin) ? Que leur est il arrivé, on à passé les 10h de course, ils devraient avoir franchit la ligne ! Je suis au 92 !
Dernier ravito : 98,2 Km, je me relance pour la dernière côte et l'ascension vers la ligne.
Patatras, je m'écroule 50 m avant le panneau 99 km ! Trop dure de courir, adieu le « moins de 11h » !
Et là, un autre coureur me choppe par le bras et me balance :
« Je te préviens, on va la finir ensemble celle là ! »
Je le rejette gentiment en l'invitant à finir sa course et il insiste, appuyé par son suiveur :
« Si tu marches, je marche ! Mais on finira ensemble »
Ne me demandez pas où et comment on retrouve de l'énergie dans ces cas là, mais ce personnage me fera finir à un rythme impossible (d'après Titi qui nous suivra sur les 300 derniers mètres, nous devions être dans les 11 Km/h en monté, au bout de 99 bornes de canicule).
Nous finirons ENSEMBLE, bras dessus, bras dessous en 10h58'23'' !!!
MERCI MONSIEUR, et merci à son accompagnateur qui égrainera 100 m par 100 m ce dernier kilomètre mémorable !
Après ?
Massage, podologie, et ... ... allure « Robocop décomposé sans déambulateur » pour se mouvoir jusqu'à la voiture, quand je vous disais que l'emplacement de la voiture aurait son importance !!!
(Valentin et quelques traces de perte de sel ...)
Une douche puis le trajet du retour, il est 21h, il fait quasiment nuit et le thermomètre de la voiture annonce encore 19°C !
Fin d'une aventure et début d'une semaine de récupération ...
MERCI les givrés ! Vous m'avez soigné sur ce coup là ...
Eric, le boulet !